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AUTO-ACTIVITE DANS LES LUTTES AUJOURD’HUI

Les "ateliers" de discussion préparés par échange de textes

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AUTO-ACTIVITE DANS LES LUTTES AUJOURD’HUI

Les quelques développements suivants visent à préciser les orientations générales de l’atelier Auto-activité dans les luttes aujourd’hui qui est un des deux ateliers dont l’ouverture a été décidée au terme de notre rencontre à Nyon les 20 et 21 mai 2006. Les propositions finales de recherches ne figurent qu’à titre indicatif.
« L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Ainsi débutait le préambule des Statuts généraux de l’Association internationale des travailleurs (AIT), plus connue sous le nom de Première Internationale. Rédigé par Marx en 1864, ce texte énonce clairement le principe de l’auto-émancipation du prolétariat. Et l’histoire du siècle et demi écoulé depuis lors s’est amplement chargé d’illustrer ce principe. Tant directement : toutes les poussées et percées révolutionnaires du prolétariat l’a vu s’activer comme une classe capable de se mobiliser et de s’organiser par elle-même en même temps que de réorganiser l’ensemble de la production sociale, en jetant du même coup les bases de la société communiste ; que par la négative : chaque fois qu’au contraire s’est institué un rapport substitutiste entre la classe et des organisations (syndicales ou politiques) prétendant la diriger en agissant en son nom, ce sont les anciens rapports d’exploitation et de domination qui se sont finalement trouvés reproduits, sous une forme ou une autre.
Supposer le prolétariat capable d’auto-émancipation implique de lui prêter, plus largement, une capacité d’auto-activité, même si la seconde ne se développe constamment jusqu’à rendre la première possible. Entendons par là - et ce n’en est qu’une définition préliminaire toute provisoire - tout à la fois une capacité d’autodétermination (la capacité de déterminer par lui-même son horizon historique : ses modèles de société, ses intérêts de classe, ses projets politiques, ses stratégies et tactiques de lutte, tout comme la capacité de conduire par lui-même les luttes permettant de les concrétiser), une capacité d’auto-organisation (la capacité de construire ses propres médiations organisationnelles, en rapport avec ses choix politiques et stratégiques) et une capacité d’autoréflexion (la capacité de se former sa conscience de classe dans la diversité de ses dimensions : de se donner, à travers l’expérience de ses luttes présentes et la mémoire de ses luttes passées, une représentation de lui-même, des autres classes et du monde social en général qui soit à la fois originale et appropriée à sa situation et ses ambitions). En tant que telle, l’auto-activité du prolétariat est donc susceptible d’embrasser l’ensemble des aspects et des éléments de l’existence et de la pratique du prolétariat comme classe et de ses membres individuels, dans le travail aussi bien qu’hors du travail (Pour une analyse plus détaillé du concept d’auto-activité, voir l’article d’Alain Bihr dans le n° 34 de Carré rouge).
Cependant postuler une pareille capacité n’implique nullement de la fétichiser. Cela signifie qu’il n’est pas question de considérer l’auto-activité du prolétariat comme comme un principe intangible ou une donnée immuable, comme une faculté dont le prolétariat ferait partout et toujours la preuve, encore moins comme un deus ex machina censé résoudre tous les problèmes historiques. Moment de la lutte des classes, l’auto-activité du prolétariat en est d’abord un produit, qui dépend donc à tout moment, dans son contenu comme dans ses formes, des rapports de force entre l’ensemble des classes sociales tout comme entre les différentes fractions, couches ou catégories dont il peut se composer lui-même et, par conséquent, d’une manière plus large encore, de l’insertion de la formation sociale considérée dans les rapports internationaux, en définitive de la configuration historique des rapports capitalistes de production. Tout autre manière de l’envisager serait évidemment contraire à tous les principes de l’approche matérialiste de l’histoire.
Cela signifie par conséquent que l’auto-activité ne va jamais de soi, qu’elle est toujours en proie à des obstacles qu’il lui faut surmonter et à des contradictions qu’il lui faut résoudre, qu’elle ne représente donc jamais la totalité de la praxis prolétaire (de son vécu immédiat, de son activité, de ses luttes, etc.), qu’elle coexiste donc avec des moments contradictoires d’hétéro-activité auxquels elle se mêle quelquefois étroitement - en un mot que l’auto-activité est toujours une conquête de la part du prolétariat, avec ce que celle-ci peut avoir non seulement de partiel et de relatif mais encore de fragile et par conséquent aussi de provisoire et de réversible.
L’ambition de cet atelier doit donc être de scruter les luttes que le prolétariat mène aujourd’hui, de manière manifeste ou latente, explicite ou implicite, sur différents terrains, si possible dans la gamme la plus large de pays, pour y mettre en évidence la présence ou non de tels éléments d’auto-activité, leurs formes et leurs limites éventuelles, et en comprendre les raisons. A propos de chacune de ces luttes, les questions suivantes, qui sont en fait étroitement liées entre elles, pourraient servir de fil conducteur à l’analyse :
• Quels sont les éléments d’auto-activité que l’on peut relever dans cette lutte ? Sur quels plans (l’autodétermination, l’auto-organisation, l’autoréflexion) y sont-ils les plus manifestes ? Y a-t-il un inégal développement de l’auto-activité suivant ses différentes dimensions ? La présence de ces éléments d’auto-activité et les formes qu’ils ont pris s’expliquent-ils par un contexte particulier : la présence de certains éléments du prolétariat, la composition globale de celui-ci, le secteur d’activité ou la région considéré, la conjoncture des rapports de forces entre les classes, l’histoire nationale, etc. ? Quels rapports éventuels de ces éléments d’auto-activité avec l’histoire et la mémoire des luttes antérieures ? L’auto-activité a-t-elle perduré au-delà de la lutte et, si oui, sous quelles formes ? Si non, pour quelles raisons ?
• Quelles sont inversement les limites de cette lutte du point de vue du développement de l’auto-activité ? Quelles sont les origines de ces limites ? Autrement dit, quels sont les obstacles auxquels le mouvement s’est heurté ? Quelle part ont pris à ces obstacles les nouvelles formes capitalistes d’organisation du travail dans et autour de l’usine ‘post-fordiste’ (l’organisation du travail fluide, flexible et diffuse) ; les formes actuelles d’habitat (l’espace pavillonnaire, le grand ensemble) ou des formes d’urbanisation (le zoning de l’urbanisme fonctionnel, la rurbanisation) ; les médias dans leur capacité de « dépolitisation » du corps social ; à l’entrecroisement des facteurs précédents, l’individualisme grandissant mais aussi la crise de l’individualité inhérente à cet individualisme ?
• Quelle part ont pris à la construction des capacités d’auto-activité ce qui reste des médiations (programmatiques, organisationnelles, idéologiques) de l’ancien mouvement ouvrier ? Au contraire, en quoi ces dernières ont-elles fait obstacle à l éclosion et au développement de ces capacités ? Quelle dialectique s’est esquissée ou développée entre les moments d’auto-activité du prolétariat et ces médiations héritées de l’ancien mouvement ouvrier ?
• Quelle part ont pris éventuellement dans le développement des éléments d’auto-activité des organisations révolutionnaires (syndicales ou politiques) ? A défaut, quelle part aurait pu ou dû prendre ? Quels enseignements peut-on en tirer quant à ce que devraient la forme, la structure (les modes d’organisation et d’intervention) et les finalités (le programme) de groupes ou d’organisation se proposant non pas de se substituer au prolétariat pour agir à sa place ni même de le diriger dans ses luttes mais d’activer en son sein ses potentialités d’auto-activité ?
Alain Bihr

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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