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Grève chez Yue Yuen

Nous relayons ici deux articles sur la grève des 40.000 salariés de l’entreprise Yue Yuen.

La plus grande grève, pour « fêter » le 1er mai en Chine

Depuis 12 jours, des travailleuses et travailleurs chinois du grand groupe Yue Yen sont en grève, dans deux de ses principales usines en Chine. Le 25 avril 2014, ils étaient au nombre de 40’000 à suivre ce mouvement, selon divers comptes rendus crédibles.

Yue Yen a son origine à Taïwan. Il a été créé en 1969 par la famille Tsai. Dès le début, il s’est concentré, pour l’essentiel, sur les chaussures de sport. Le groupe se spécialise, dès les années 1970, sur les chaussures d’athlétisme. En 1988, la famille Tsai s’implante à Hong Kong et établit ses premières usines en République populaire de Chine (RPC), à Zhu Hai et Zhong Shan, dans la province du Guangdong. C’est l’heure des réformes de Deng Xiaoping et des négociations avec Margaret Thatcher pour la rétrocession de Hong Kong. Le groupe est d’ailleurs coté, depuis cette date, à la Bourse de Hong Kong.

En même temps, les Tsai disposent d’une participation significative dans la firme de distribution de chaussures de sport et produits similaires du nom de Pou Chen Corporation. Elle est cotée à la Bourse de Taipei. Dans les années 2000, Yue Yen va prendre le contrôle complet de Pou Chen. Il va acheter Pro Kingtex qui a des usines en Chine et au Mexique, puis Eagle Nice, en 2005. Son extension par acquisitions et réorganisations de la production a continué.

Actuellement, c’est le plus grand groupe mondial dans les divers segments de chaussures de sport. Selon le rapport annuel de 2013, publié le 26 mars 2014 par le holding basé à Hong Kong, Yue Yen met au travail 423’000 salarié·e·s dans le monde. Il se qualifie de Manufacturer for the Global Market. Yue Yen possède des usines et « centres de recherches » en Chine – au nombre de cinq – ainsi qu’au Cambodge, au Vietnam, à Hong Kong, au Bangladesh, en Indonésie, au Mexique et aux Etats-Unis.

Simultanément à sa production, Yue Yen produit divers types de chaussures « sportives » pour des grandes enseignes telles que Nike, Adidas, Reebok, ASCIS, New Balance, Puma, Under Amour, Salomon et Timberland. Par le biais de Pou Chen, il est aussi un distributeur de premier plan en RPC pour ses produits et ceux de certaines marques (Limited Nike, Addidas et Converse) dont il assure, au moins en partie, la production.

En 2013, 313,4 millions de paires de chaussures ont été confectionnées à l’échelle internationale, pour un chiffre d’affaires de 5,8 milliards de dollars. Ces deux chiffres permettent d’estimer la marge obtenue par les grandes marques et leurs distributeurs sur chaque paire vendue, souvent à plus de 100 dollars l’unité. Les principaux marchés de Yue Yen sont : l’Asie (42,3%), les Etats-Unis (29,3%), l’Europe (19,8%), l’Amérique du Sud (4,6%) et le Canada (1,5%).

Les prix imposés par les grandes marques – face à la grève, Addidas vient de changer de fournisseur en Chine – compressent la marge. Yue Yen indique que la riposte à cette pression s’est faite, en 2013, d’une part, en localisant des volumes de production dans des sites qui permettent de jouer sur la dépréciation de la monnaie, et, d’autre part, sur une hausse de la productivité (dans le sens de production « rationalisée » techniquement) et sur une intensification du travail (durée du travail, cadences plus élevées, avec une journée de travail sans porosité, c’est-à-dire sans « temps morts »). D’ailleurs de 2012 à 2013, le groupe a réduit le total de ses employés de 460’000 à 423’000 ; alors que la production de 2013, sur 12 mois, a légèrement augmenté par rapport à 2012.

La grève a démarré à Dongguan, cette ville du sud-est de la Chine. C’est la grève engagée par le plus grand nombre de travailleuses et travailleurs dans l’histoire de la RPC. Les revendications portent d’abord sur un constat très important pour des salarié·e·s qui travaillent, souvent, depuis des années dans la même usine : Yue Yen ne s’est pas acquitté des « cotisations » pour la retraite et pour le fonds d’acquisition d’un logement. Et cela depuis 10 ou 20 ans, selon les salarié·e·s concernées. Un grand nombre d’entre eux continuent d’avoir des contrats à durée déterminée (CDD), après des années de travail, ce qui participe d’une politique d’intensification du travail et d’une technique éprouvée pour ne pas verser de cotisations sociales.

L’autre procédé pour « réduire le coût du travail » est le suivant : sur un salaire de 480 dollars, Yue Yen s’acquitte de « ses » cotisations en prenant comme salaire de référence 288 dollars. Tout cela aboutit à ce que les retraites perçues seront au-dessous du niveau de la retraite dite légale, qui est misérable. A ces revendications s’ajoute une exigence de réajustement salarial lié à la hausse des prix. Elle est de 37 dollars.

Selon un reportage de NBC News et des informations de la China Labour Watch des salaires de 1,70 dollar par heure sont courants. Pour atteindre les 400 dollars par mois, la semaine de travail de 60 heures est donc obligatoire.

Le 15 avril 2014, la police intervient devant les portes de l’usine de Yue Yen à Dongguan

La grève a commencé le 13-14 avril. Afin de ne pas subir une répression trop brutale, les salarié·e·s pointent le matin, puis, soit manifestent un certain temps devant l’usine, soit retournent dans leur logement. Face à l’absence de syndicat indépendant, les structures d’aide aux travailleurs et travailleuses migrants jouent, en partie, un rôle d’instrument de substitution. Dès le 22 avril, alors que la grève s’étendait à la deuxième plus importante usine du groupe, la police arrête deux représentants de l’organisme d’aide, fouille leurs locaux, saisit leurs ordinateurs.

En date du 25 avril, l’un est libéré. Il a toutefois refusé de signer un ordre lui intimant de ne plus s’approcher de l’usine et de ne plus appuyer la grève. L’autre militant est encore prisonnier dans un « endroit inconnu ». La police, depuis la même date, « visite » les logements des grévistes pour les intimider. Le résultat semble, pour l’heure, peu efficace.

Les grévistes ont refusé l’accord proposé par la direction. Cette dernière s’engageait à payer les cotisations depuis le 1er mai 2014. La crainte que les cotisations jamais versées le restent a motivé le refus. En effet, les sommes dues par Yue Yen s’élèvent à hauteur de 3200 et 4800 dollars pour une grande partie des salarié·e·s, soit souvent plus d’une année de salaire.

Dans cette situation, les travailleurs et travailleuses ont décidé de continuer la grève jusqu’au 1er mai 2014. En RPC, le 1er mai est aussi « une fête du travail ». Cette date semble devoir être commémorée de manière radicalement différente par les travailleurs et travailleuses des usines de la famille Tsai, dans le Guandong, et par le Parti-Etat du camarade président Xi Jinping, qui est aussi Secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois et se situe, dès lors, à la tête de « l’atelier du monde » !

Charles-André Udry

* Publié par A l’encontre le 25 avril 2014

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Chine : fin de grève forcée à l’usine de chaussures de Yue Yuen

La grève des 40.000 employés de l’usine de chaussures chinoise Yue Yuen a pris fin vendredi, contre l’avis des employés. Un retour forcé au travail, sous la pression de la police présente dans tous les bâtiments, sous couvert d’un accord a minima imposé aux salariés.

C’était l’une des grèves les plus importantes de ces dernières années en Chine, et elle touche à sa fin : les 40.000 ouvriers de l’usine géante de chaussures de Yue Yuen, située dans le sud de la Chine, ont repris le travail.

Les salariés étaient en grève depuis le 14 avril pour protester contre leur employeur, auquel ils reprochaient des arriérés de salaires impayés et, plus globalement, leurs conditions salariales et des carences dans leur couverture sociale. L’employeur taïwanais Yue Yuen, qui affirme être le premier sous-traitant de chaussures de sport avec 300 millions de paires produites par an, fournit notamment Nike, Adidas, New Balance, Converse, Asics ou encore Puma.

Après plusieurs jours de manifestations chaotiques devant les locaux et l’arrestation de certains ouvriers, le ministère du Travail a annoncé vendredi qu’il avait donné l’ordre à Yue Yuen de verser les arriérés de cotisations dûes aux employés. Depuis, 80% des travailleurs auraient repris le chemin de l’usine, mettant fin à la grève.

Retour forcé au travail

En réalité, les ouvriers ne croient pas que leur employeur régularisera ses versement, et ils ne sont pas retourné travailler de leur plein gré. Selon le China Labour Bulletin, site web d’une ONG militant pour les droits des travailleurs, les ouvriers ont largement été poussés à accepter les quelques concessions faites par l’usine. Le site raconte que la police et des brigades de milices sont présentes devant et dans les locaux pour empêcher toute manifestation. "Comment ne pas travailler, quand un homme armé d’un bâton et d’un casque se tient à côté de vous ?" interroge Xie, contremaître dans l’usine.

Plusieurs travailleurs doutent que l’usine se plie au remboursement des arriérés et refusent de les croire sur parole. "Nous n’avons même pas le droit de consulter nos comptes pour savoir si l’argent y a été versé !" raconte un employé incrédule. D’autres récits rapportés par le China Labour Bulletin évoquent des policiers démantelant les pointeuses qui permettent de tenir les comptes de présence. "Ils font cela pour nous forcer à être notés absents lundi et pouvoir nous renvoyer sans compensation", estime une travailleuse de l’usine.

Une grève censurée

Un site d’information chinois, le China Digital Times (basé en Californie et censuré en Chine), évoque sans citer ses sources "afin de les protéger", des demandes de censure de la part des autorités concernant "tout ce qui touche à la grève des travailleurs de l’usine Yue Yuen à Dongguan".

Sur le site de l’employeur, Yue Yuen Industrial Holdings, pas de mention de la grève, mais un onglet consacré à la responsabilité sociale de l’entreprise, qui vante les conditions de travail des employés et assure fournir "des activités variées pour nourrir leur développement personnel".

Par Alix Hardy, publié le 26 avril 2014 sur le site de France Info

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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