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Une marée nauséabonde et dangereuse monte en Europe

Voilà comment débute le "Journal de notre bord" daté du 25 septembre 2013 posté sur le Site "Culture et Révolution" et signé Samuel Holder.
En Grèce, l’assassinat de Pavlos Fyssas, chanteur de hip-hop antifasciste par un membre du parti néo-nazi "Aube dorée" a mis le pays en état de choc. Jusque-là, "Aube dorée" a bénéficié de la tolérance active de la police et d’une quasi-impunité. Après ce meurtre qui a suscité des manifestations de colère massives dans tout le pays, les autorités grecques ont adopté un changement de ton spectaculaire, procédé à la démission et suspension de cadres de la police grecque et à l’arrestation des dirigeants et députés du parti néo-nazi. En Grèce, "Aube dorée" s’est développé sur fond de crise sociale, économique et humanitaire dévastatrice, dans un pays laminé par quatre années de "stratégie du choc", sous la houlette de l’Union européenne du FMI et des gouvernements grecs successifs.

Une marée nauséabonde et dangereuse monte en Europe. Les
tendances chauvines, xénophobes, racistes,
anti-démocratiques progressent et prennent déjà la forme
d’agressions physiques et d’assassinats comme celui du
rappeur antifasciste Pavlos Fyssas qui a été commis en
Grèce le 18 septembre dernier par un membre du parti
néo-nazi Aube Dorée. En fait, plusieurs dizaines
d’immigrés ont été agressés et assassinés depuis deux
ans par les gens d’Aube Dorée, avec la complicité active
de la police dont bien des individus, y compris au sommet de
la hiérarchie, font partie. Les mêmes néo-nazis ont osé
poursuivre en justice pour « diffamation », Savas
Mikhail, un intellectuel juif marxiste révolutionnaire, en
le dénonçant comme « un agent de la conspiration juive
mondiale contre la Nation grecque, pour provoquer une guerre
civile et établir un régime judéo-bolchévique ». A la
suite de nombreuses protestations, y compris à l’échelle
internationale, les néo-nazis ont été déboutés. Mais
depuis, ils ont assassiné Pavlos Fyssas et agressé
gravement une trentaine de militants syndicalistes
communistes.

Avant de passer au cas de la France, il faut relever que la
Grèce est un pays en situation d’explosion sociale quasi
permanente depuis décembre 2008, avec des grèves
fréquentes et des manifestations massives. La lutte de
classe bat son plein en Grèce mais pas dans des formes
faisant pour l’instant obstacle à la progression de
l’extrême droite qui est sortie du néant ces dernières
années et a obtenu près de 7 % des voix en 2012, avec 18
députés au parlement, et est créditée de 13 % dans les
sondages. Réfléchir sur cette évolution inquiétante
dans plusieurs pays européens dont la France n’a rien
d’agréable. D’autant plus que les lignes qui suivent ne
vont évidemment pas indiquer un chemin assuré, une voie
convaincante pour écarter le danger de l’extrême droite
et d’une résurgence du fascisme en ce XXIe siècle.

On voit bien qu’ici la xénophobie traverse la société
de part en part. L’exemple est donné d’en haut, au
niveau gouvernemental, comme sous Sarkozy. Manuel Valls fait
du copier/coller en plagiant ses prédécesseurs Hortefeux
et Guéant. Son ami le criminologue Bauer (également ami de
Sarkozy) le conseille et l’encourage. Toute une série de
petits ou grands politiciens « socialistes » qui
craignent de perdre leur poste aux prochaines élections
applaudissent à deux mains ses sorties contre les Roms.
Disons clairement que le Parti socialiste est bien parti
pour aller sur le terrain du Front National mais que cela ne
le sauvera pas de la déroute, ni aux municipales, ni aux
européennes. Mais on sait déjà que même en poursuivant
la même politique réactionnaire que Sarkozy et même en
l’intensifiant pour consolider les positions et profits du
grand patronat, le gouvernement nous fera le chantage au
danger du Front National alors qu’il aura tout fait pour
lui donner des ailes. Au point qu’il n’est pas
déraisonnable d’envisager qu’à ce rythme, aux
prochaines élections présidentielles, Marine Le Pen sera
présente au deuxième tour à un tout autre niveau que son
père face à Chirac. Car tandis que Valls fait la chasse
aux Roms et aux sans-papiers avec l’aval de Hollande,
l’UMP se fissure et ses chefs poursuivent leur dérive
vers l’extrême droite.

Il ne faut pas jouer les Cassandre, certes. Mais il ne faut
pas non plus pratiquer la politique de l’autruche, pour
ultérieurement pousser des cris de surprise et
d’épouvante devant les scores du Front National. Cela
impose d’engager une réflexion de fond sur tous ces
phénomènes pour mobiliser les moyens adéquats pour les
contrer. Les ressentiments, le mal vivre, les indignations
cherchent une expression et se réfugient sur ce qu’il y a
de pire : le repli sur l’hexagone, la nation, l’État,
la France, les gens de « souche » qui ne seraient pas
comme ceux d’ailleurs. Il faut déjà contrer partout et
en particulier au sein de la sphère intellectuelle et
politique se disant de gauche, toutes les argumentations
protectionnistes, souverainistes, étatistes et
nationalistes qui préparent le terrain à une régression
sans frein vers un régime policier, raciste,
anti-démocratique.

Bien des ressentiments se fabriquent sur le lieu de travail
qui est de plus en plus un lieu infernal, un lieu
d’évaluation chiffrée des individus et de dévaluation
de leurs qualités humaines, d’humiliation, de chantage et
de concurrence et, de plus en plus rarement et
laborieusement, un lieu de solidarité et de lutte
collective. Celles et ceux qui ne s’accommodent pas de ce
lieu infernal qu’est celui du travail pour le capital,
sont promis à un lieu encore plus détestable et
anéantissant, le chômage. Et c’est pourquoi le lieu de
travail est aussi un lieu stratégique où les aigreurs et
les préjugés peuvent être défaits ou du moins mis à
distance pour réactiver le goût de la lutte collective et
de l’expression par chacun de ce qu’il a de plus
généreux et inventif en lui pour ouvrir un autre avenir.


DE L’ALLEMAGNE SELON LES MEDIAS FRANÇAIS
La façon dont les médias français ont salué la victoire
électorale d’Angela Merkel lundi dernier est assez
savoureuse. Voilà encore un bel exemple de pensée unique
prenant allègrement ses distances avec la réalité et
même les chiffres. « Libération » titre : « Merkel,
la victoire absolue ». « Le Monde » : « Angela
Merkel, chef de l’Europe ». « Les Échos » :
« Triomphale ». Dans un portrait de Merkel, les Echos
affirment même que les deux tiers des Allemands la
soutiennent (soit environ 66 % sauf erreur). Or, son parti
n’obtient que 41,5% des voix, 311 sièges sur 630 et
n’est donc pas majoritaire ni en voix ni en sièges. Si le
PS ou l’UMP obtenait de tels scores, est-ce que les
médias d’outre-Rhin se seraient payé le ridicule de
parler de triomphe et de victoire absolue ? Peut-être
après tout, cela dépend du donneur d’ordre. Certes le
système électoral allemand est différent mais il
n’empêche que Merkel et la CDU, en ayant perdu leurs
alliés libéraux qui se sont effondrés, se retrouvent
plutôt en difficulté, pas du tout en position de force
pour rallier tranquillement les Sociaux-Démocrates. La
précédente expérience de coalition avec la droite de 2005
à 2009 leur a coûté cher en voix et en crédibilité
auprès de leurs adhérents.

Les médias français ont en fait essayé de nous faire
croire au triomphe de la droite allemande. Mais la réalité
est beaucoup plus nuancée. Si l’on totalise les voix de
la SPD, des Verts, de Die Linke et des Pirates, on obtient
43,8 %, ce qui n’est pas ridicule par rapport aux 41,5 %
de la CDU. Du reste, la CDU a certainement amélioré son
score parce que Merkel a décidé de sortir l’Allemagne du
nucléaire et a promis la création d’un SMIC pendant la
campagne. Dernier point passé sous silence, les néo-nazis
du NPD n’ont obtenu que 1,2 % des voix. Si le score du FN
tombait à ce niveau, on se sentirait déjà mieux.

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A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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