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A propos de l’intervention au Mali

Comme nous en avons l’habitude, nous signalons ici la parution de la "Lettre (mensuelle) de notre bord" sur le site ami "Culture et révolution".

L’introduction de la Lettre de fin janvier 2013 nous livre une réflexion particulièrement intéressante concernant le Mali et l’intervention française.

"Bonsoir à toutes et à tous,

L’intervention militaire française au Mali donne
l’opportunité à François Hollande d’endosser le costume d’un
chef de guerre, donc d’un chef d’État respectable aux yeux
des classes dirigeantes. Pas plus que Sarkozy déclenchant
des frappes aériennes en Libye, la décision d’intervenir de
Hollande n’obéit à des motifs humanitaires. La France, comme
les autres puissances impérialistes, sait très bien ne pas
intervenir quand ses intérêts ne sont pas en cause.
L’écrasement du peuple syrien par le régime de Bachar al
Assad arrange ces puissances. Donc elles n’interviennent
toujours pas pour aider ce peuple sous une forme ou sous une
autre. Elles ne veulent surtout pas que des populations en
révolte réussissent à prendre leur sort en mains pour
construire une société d’égalité et de justice. A tout
prendre les États impérialistes préfèrent encore un chaos
sanglant permettant aux composantes les plus réactionnaires
de tirer leur épingle du jeu, même si cela complique un peu
la bonne marche de leurs affaires.

Si l’État français s’est malgré tout décidé à intervenir au
Mali, après avoir observé flegmatiquement depuis près d’un
an ce pays s’enfoncer dans un marasme terrifiant où les
bandes armées fondamentalistes menaient leurs exactions au
Nord et les clans corrompus se disputaient le pouvoir au Sud
à Bamako, c’est parce que les intérêts des 125 sociétés
françaises installées au Mali auraient fini par être
menacés, à court comme à long terme ; de même que sa
crédibilité comme protecteur de tous les régimes pourris de
la Françafrique permettant son exploitation et son pillage.

Mais en s’emparant de la ville de Konna le 10 janvier,
les groupes djihadistes ont forcé la main au gouvernement
français car ils pouvaient dès lors foncer sur Bamako et
instaurer un régime de terreur dans le style des Talibans.
Et alors, non seulement les richesses en or et en coton, les
ressources en pétrole, en gaz, en uranium, en terres rares,
en manganèse et phosphate que détient le Mali seraient
passées sous le nez des grands groupes français et
occidentaux, mais un régime djihadiste malien aurait pu
pousser plus loin son avantage vers d’autres pays et
notamment le Niger où se trouvent des gisements importants
d’uranium exploités par Areva et cruciaux pour le
fonctionnement des centrales nucléaires françaises.

La situation au Mali n’est pas devenue déplorable seulement
depuis mars dernier. C’est un dispositif d’ensemble
comprenant la France, le FMI, la Banque Mondiale, les chefs
de l’armée malienne et diverses bandes de notables maliens
corrompus et s’enrichissant dans divers trafics dont celui
de la cocaïne transitant par le Mali vers l’Europe, qui a
ruiné l’ensemble des populations de ce pays situé au 175e
rang sur 187 sur « l’indice de développement humain ». Les
pratiques de corruption et de népotisme se sont répandues,
touchant même bien des ONG, associations et syndicats.

La survie de nombreuses familles est finalement en grande
partie assurée par les 100 000 immigrés maliens travaillant
en France dont nombre d’entre eux sont en situation
« irrégulière » contrairement au soldats français envoyés au
Mali et au 6 000 ressortissants français installés à Bamako.

Les plans imposés il y a plus de quinze ans, de
privatisation et finalement de destruction des services
de transports, de santé et d’éducation, ont brisé les
possibilités de développement au bénéfice de toute la
population et de cohabitation harmonieuse entre les
multiples composantes du peuple malien qui en font la
richesse humaine et en particulier artistique. Le poids de
l’histoire remontant à l’époque de l’esclavage et du
colonialisme, au lieu de se dissiper, revient en force et
se trouve ravivé en des mépris, des rivalités, des racismes,
une montée en force de l’intégrisme, des particularismes et
des activités mafieuses pouvant déboucher sur de nouveaux
drames, voire des génocides. Ces faits, il faut les avoir à
l’esprit et les faire connaître sans relâche, comme il se
doit. Ils signalent une réalité sociale et politique d’une
détestable complexité pour les esprits voulant la réduire à
des slogans et des prises de position sommaires.

En France, nous pouvons condamner l’intervention de l’armée
française au Mali et affirmer doctement que les conséquences
risquent d’en être catastrophiques, ce qui est probable.
Nous ne sommes pas quittes pour autant avec le dossier
malien et nos responsabilités. Car il faut bien dire que
nous ne sommes pas bien placés pour critiquer les Maliens
qui ont été soulagés par cette intervention militaire de la
France parce qu’ils et elles trouvaient intolérables que les
djihadistes suppriment l’école à leurs enfants, interdisent
la musique, qu’ils coupent les mains ou les pieds à des gens
accusés de vol, qu’ils violent, fouettent et emprisonnent
des gamines non voilées, qu’ils violent ou lapident des
femmes et qu’ils aient l’intention de généraliser ces
pratiques barbares à l’ensemble du Mali.

Nous sentons bien qu’il y a quelque chose d’un peu faible,
de pas très glorieux, à simplement jouer les dénonciateurs
platoniques de l’intervention militaire française et de
prodiguer aux Maliens le conseil de s’organiser et de se
battre eux-mêmes (seuls ?) contre les intégristes, contre
leur armée pratiquant diverses exactions et contre leurs
clans prédateurs qui se disputent le pouvoir à Bamako. En
fait, nous sommes confrontés à notre grande ignorance des
réalités humaines, sociales et historiques de ce pays
constitué de Songhaï, Peuls, Armas, Bellahs, Bambara,
Malinké, Dogon, Soninké, Sarakollé, Touaregs, Bozos, Maures,
Arabes, Toucouleurs, métis divers...

Il nous est toujours plus facile de prendre position contre
les agissements d’un pouvoir en place que d’imaginer des
pratiques et des luttes positives, constructives pour régler
les problèmes. En d’autres termes, nous sommes confrontés à
notre déficit d’internationalisme. Cela nous oblige plus que
jamais à le combler et pour cela, à essayer de comprendre
des situations complexes, à écouter les autres et en
l’occurrence les différents points de vue des Maliens. Il
s’agit d’un passage obligé pour tenter ensemble, et non
chacun chez soi, de sortir du bourbier où se mêlent diverses
formes de barbarie impérialiste, intégriste et ancestrale,
et dans lequel nous ont plongés les puissances de l’argent
et leurs États."


Pour lire la suite de la lettre :http://culture.revolution.free.fr/lettres/Lettre_146_29-01-2013.html

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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