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L’Égypte en marche vers une deuxième révolution

Deux ans après le surgissement de la révolution en janvier 2011, les événements de fin novembre et début décembre 2012 puis de la fin janvier 2013 ont montré un pouvoir de Morsi et des Frères Musulmans fortement contesté par la rue qui exige sa chute dans des manifestations massives à la radicalité croissante

En décembre, la jeunesse, le petit peuple des villes et campagnes incendiait ou mettait à sac les locaux du Parti de la Liberté et de la Justice des Frères Musulmans, allant jusqu’à chasser des mosquées ses représentants les plus connus. Fin janvier, ce sont de nombreux commissariats ou sièges de gouvernorats et autres symboles publics de l’autorité qui sont brûlés malgré la répression féroce à laquelle se livre la police qui a fait à nouveau plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés dans les journées de janvier.
Le régime qui avait tenté de s’octroyer les pleins pouvoirs fin novembre est aux abois. Le 4 décembre, Morsi fuit son palais présidentiel assiégé par 750 000 manifestants. Le 26 janvier au soir, devant l’ampleur et la radicalité des manifestations, il décrète l’état d’urgence, impose le couvre-feu de 21 H à 6 H, donnant toute autorité aux militaires dans trois villes du canal de Suez, Port Saïd, Ismaïlya et Suez où les manifestations ont pris un tour insurrectionnel. Aussitôt son couvre-feu est défié, bafoué par la population de ces villes, et de bien d’autres en solidarité, qui décide de faire de ce couvre-feu un synonyme de descendre en foule dans la rue. De simples conversations entre voisins au pied des immeubles jusqu’à des matchs de foot nocturnes et des manifestations massives, le peuple égyptien signifie clairement à Morsi : tu es peut-être encore au gouvernement mais tu n’as déjà plus d’autorité.

"Morsilini" sauvé par l’opposition en décembre le sera-t-il en janvier ?

Lors des manifestations de décembre, Morsi rebaptisé "Morsilini", souvent affublé d’une croix gammée sur les pancartes des manifestants, a été sauvé par l’opposition libérale, socialiste nassériste, démocrate révolutionnaire et de gauche. Celle-ci s’est unie à cette occasion dans un Front de Salut National ( FSN) de 18 partis sous la direction des libéraux non pas pour prolonger la volonté populaire de faire tomber le régime, mais au contraire pour détourner la colère de la rue dans les urnes du référendum constitutionnel proposé par Morsi comme ultime carte pour sauver son régime. Le but de ce dernier était de canaliser la révolution dans les urnes mais aussi de la diviser autour de la question religieuse, pour ou contre une constitution centrée sur la charia. Le FSN a joué le jeu, sachant pourtant qu’il ne pouvait gagner ce référendum, alors que les Frères Musulmans et ses alliés salafistes et jihadistes disposaient de tous les pouvoirs pour frauder à leur gré, ce dont ils ne se sont pas privés.

Ainsi, ce n’est pas tant le succès du "oui" – à 64% - à la constitution que la faible participation – 30% - donnant un prolongement au mouvement de la rue, qui a surtout marqué ce scrutin. Ce résultat a enlevé tout crédit à cette constitution usurpée. Mais il a surtout rendu visible le formidable fossé entre le peuple égyptien et tous les partis institutionnels. Non seulement près de 80% des électeurs n’ont pas voté en faveur du "oui", mais près de 70%, en refusant de participer à cette farce électorale elle-même, ont désavoué tout à la fois le pouvoir et l’opposition officielle. L’ensemble des partis a été mis en minorité par le peuple.

Cela s’est vu très clairement dans les manifestations de fin janvier 2013 où, plus aucun parti ni leaders d’opposition n’avait d’autorité sur le mouvement. Place Tahrir, les tribunes traditionnelles des partis ont disparu, seul un "crieur" public informe la foule, hauts-parleurs à fond, donne les nouvelles des différents manifs, des villes... harangue la foule " A bas le Morshid", dirigeant des Frères Musulmans... Signe et symptôme du moment, seuls les groupes de supporters de foot Ultra et des factions de manifestants radicaux apparus fin janvier, auto-baptisés Black Blocs, parfois nommés "garde révolutionnaire" par la presse, gardent l’adhésion des manifestants et en expriment, au fond, le sentiment politique. Plus personne ne croit aux solutions de l’islam, de la démocratie représentative ou des voies pacifiques. Ce n’est pas une surprise. Toute l’année 2012, depuis les mouvements de fin janvier et début février 2012 jusqu’à ces tentatives insurrectionnelles de décembre puis à nouveau maintenant fin janvier et probablement encore plus en février, en passant par les élections présidentielles de mai-juin, a montré, d’une part, ce divorce entre le peuple égyptien qui continue la révolution et ses partis qui s’y opposent ou y rechignent et, d’autre part, cette recherche populaire des voies et des moyens d’une deuxième révolution.

Aujourd’hui, cette pression de la révolution en marche est telle, que le FSN qui, une nouvelle fois, le 28 janvier, s’est tenté à sauver le pouvoir en place, plus exactement ce qui reste d’autorité et d’appareil d’État, les digues protégeant la grande propriété, en dénonçant les violences de la révolution et en applaudissant à l’état d’urgence proclamé par Morsi, a, finalement, fait marche arrière et refusé le "dialogue national" proposé par ce dernier en déclarant qu’on ne dialogue pas sur un flot de sang.

On ne sait pas si Morsi sera soutenu encore longtemps par l’armée, ou, si celle-ci, comme en février 2011 où elle avait lâché Moubarak, le laissera tomber au profit d’une coalition des libéraux, des socialistes nassériens et des démocrates.
Mais, rappelons-le, le choix de l’armée à l’époque, était motivé par la menace d’une grève générale. Or aujourd’hui, même si les Frères Musulmans sont haïs par la majeure partie de la population, ils représentent toutefois pour les possédants, par l’influence qu’ils peuvent encore avoir avec la religion, les mosquées et leurs deux millions de membres, une garantie plus solide que l’alliance des laïcs, qui n’a pas un tel appareil, d’autant plus que ces derniers ont déjà perdu une bonne partie de leur crédibilité. L’armée ne lâchera les Frères Musulmans que si elle sent au travers d’une deuxième révolution imminente, la dissolution de ce qui reste d’appareil d’État. C’est-à-dire, comme en 2011, la menace d’un surgissement populaire qui ne prenne pas que les places et les rues, mais aussi les usines, les bureaux et les banques.

Or cette question est proche. On le voit au surgissement dans les manifestations de l’objectif que la révolution s’était donnée dès ses débuts "le pain, la liberté et la justice sociale". On le voit aussi à la colère sociale qui gonfle et s’entend partout parce que deux ans de révolution n’ont rien changé pour les pauvres, que l’inflation menace et que le pouvoir s’apprête à interdire une fois de plus les grèves et les manifestations pour préparer une hausse drastique des taxes sur de multiples produits de consommation courante.

Importance des luttes sociales et faiblesse de leur représentation politique

Si l’on veut comprendre le cheminement de la révolution demain, il faut bien voir que ce qui détermine le fond de tous les évènements en Égypte, y compris ceux de décembre 2012 et janvier 2013, c’est la lutte des classes menée par les exploités.

Le nombre de grèves qui ont marqué les deux ans de la révolution est le plus important de l’histoire de l’Égypte et les autorités ont recensé 2 000 grèves en Égypte sur les deux derniers mois de septembre et octobre 2012 .  [1] C’est considérable.

Par son importance et sa constance, la lutte des ouvriers et exploités pèse considérablement sur la vie politique. Elle modifie les relations de l’islam à la laïcité, de la démocratie à la dictature et les alliances au sommet, qu’elles soient entre l’armée, et les Frères Musulmans et maintenant les libéraux, les socialistes nassériens et les démocrates. Mais plus que cela, au fur et à mesure que les illusions sur les promesses de l’islam politique ou de la démocratie participative s’usent, ces luttes sociales qui, depuis longtemps et sans cesse, ne portent pas que sur des questions économiques mais aussi sur des questions politiques, menacent les autorités du spectre d’une deuxième révolution, clairement sociale celle-là.

La faiblesse du mouvement social jusqu’à présent c’est qu’il n’avait pas de représentants politiques. C’est la menace de cette maturation politique qui est la cause de la fébrilité au sommet depuis des mois et des très nombreux retournements de situation. C’est cette crainte qui a fait que le front mené par les libéraux a préféré se réfugier en décembre dans le giron référendaire des Frères Musulmans plutôt que de se laisser porter au pouvoir par une insurrection populaire.
C’est ce fond des luttes sociales qui rend l’Égypte si surprenante voir incompréhensible à tous ceux qui n’ont qu’une vision institutionnelle des évènements ou ne savent utiliser comme grille de lecture que celle des démocrates, l’opposition des religieux aux laïcs ou/et des Frères Musulmans à l’armée.

Cela ne veut pas dire que ces derniers aspects ne comptent pas, ou même n’aient pas une certaine autonomie et leur logique propre, mais, tous, à un degré ou à un autre, dépendent de la profondeur de la lutte de classe et de la progression de la conscience politique des classes exploitées. L’armée et les islamistes sont des adversaires mais s’allient dés l’instant où ils se sentent menacés par les classes exploitées. Et il en est de même entre les libéraux laïcs [2] et les islamistes. C’est la progression de cette conscience ou plus exactement le reflet de la peur qu’elle provoque dans les classes dominantes et leurs partis que nous mesurons à chaque événement.

Une lutte de classe omniprésente dans tous les grands évènements politiques.

Le "lâchage" de Moubarak par l’armée au cours de l’insurrection de janvier 2011 qui a provoqué la chute du régime, est né de la crainte d’une grève générale et des conséquences politiques et idéologiques que la chute de la dictature provoquée par une insurrection ouvrière aurait pu avoir en Égypte, dans le monde arabe mais aussi au niveau mondial. Cette crainte reposant sur le fait que c’était le mouvement social, encore plus que le mouvement démocratique, qui avait marqué l’Égypte pré-révolutionnaire de 2005 à 2011.
Les premières décisions de la junte militaire au pouvoir, dés le mois de mars 2011, ont été d’interdire les grèves.

C’est encore contre une menace de généralisation de la grève des enseignants en septembre 2011 que l’armée a monté la provocation, dite de Maspéro, le 9 octobre, pour tenter d’opposer coptes et musulmans. C’est cette manipulation qui a conduit aux violents affrontements contre l’armée de novembre 2011 et à la rupture du peuple d’avec l’armée.

C’est toujours la peur d’une grève générale appelée par les étudiants, début février 2012, en déclenchant un déchainement haineux du patronat, des grands médias, des autorités militaires mais aussi religieuses prédisant l’enfer aux grévistes, qui a entraîné par son excès la montée d’un courant d’opinion socialisant et l’effondrement électoral et politique des Frères Musulmans.
C’est encore le mouvement de grèves de mars avril 2012 et dans sa foulée, l’effondrement en mai, au premier tour des présidentielles, du vote islamiste passé de 70% aux législatives de l’hiver 2011 à 20%, ainsi que le succès du vote socialiste (fut-il nassérien), véritable vainqueur politique du scrutin, qui a provoqué la tentative de coup d’État militaire de juin. C’est ensuite la crainte d’une deuxième insurrection populaire qui a entrainé le "sabre" à ne pas mener son putsch à terme puis à remettre le pouvoir au "goupillon" des Frères Musulmans, seule structure institutionnelle, peut-être encore à même à protéger l’ordre établi en canalisant la colère sociale.

Après un été 2012 traversé de mouvements sociaux, de barrages de routes ou voies ferrées et d’émeutes en tous genres, c’est la peur d’une jonction entre ce peuple en lutte et les révolutionnaires de la place Tahrir, qui a amené les Frères Musulmans à se séparer début août ( de manière concertée) du Conseil Supérieur des Forces Armées ( CSFA) qui assurait jusque là l’autorité suprême, et à gouverner seul.

C’est la crainte de l’élargissement d’un vaste mouvement des enseignants à la rentrée de septembre 2012 qui a provoqué la tentative de détournement de la colère sociale par la farce islamiste de septembre autour du film "l’Innocence des musulmans". Puis c’est toujours ce même mouvement prolongé en octobre par celui des médecins, des employés des transports et de bien d’autres qui a amené les Frères Musulmans à une tentative de coup de force avec le but affiché de mettre fin au désordre social. C’est de là qu’a surgi le mouvement insurrectionnel du peuple de novembre et décembre exigeant la chute du régime islamiste. C’est la crainte de cette poussée sociale prenant un tour insurrectionnel qui a conduit le FSN conduit par les libéraux à se prêter au jeu du détournement référendaire où tous les partis ont perdu une bonne partie de leur crédit politique. Et ce qu’on voit en janvier 2013 n’est que son prolongement.

Ainsi, l’année écoulée, peut se résumer du fait des luttes sociales, par toute une série de ruptures psychologiques et politiques dans le peuple, d’abord avec l’armée, ensuite avec la démocratie participative puis les islamistes et enfin avec les libéraux et dans une moindre mesure avec les démocrates, les socialistes nassériens et la gauche.

Révolution démocratique et révolution sociale
Une nouvelle génération et de nouveaux objectifs

Ces mouvements, ces grèves, sont économiques et portent sur des augmentations de salaires, l’embauche des précaires, parfois la nationalisation. Ces grèves s’accompagnent souvent de la part des grévistes, mais aussi de la population, de blocages de routes, voies ferrées, d’administrations, commissariats de police, ministères, d’occupations de lieux publics, d’attaques de bâtiments d’État au cocktail Molotov, de séquestration de responsables, de boycott de paiement des factures d’eau ou d’électricité, d’émeutes, etc... Mais, depuis le début, elles ont aussi eu un caractère politique, exigeant souvent que les directeurs de sites ou de services, à tous les niveaux, soient "dégagés" comme Moubarak l’avait été. Ainsi les salariés des entreprises sous commandement militaire (l’armée possède de 20 à 40% de l’économie) exigent que plus aucun officier ne participe à aucune instance de direction quelle qu’elle soit.

Les classes populaires montrent dans les faits qu’elles veulent compléter la révolution de janvier 2011 qui avait "dégagé" Moubarak par une révolution sociale en dégageant cette fois tous les petits Moubarak, de tous les types, tous les échelons et de tous les secteurs parce qu’au fond rien n’a changé pour elles, sinon ce droit de le dire.

Mais bien que les grandes dates de la révolution se soient donc bâties depuis deux ans autour de mouvements sociaux et qu’une grande partie des grèves ait porté une expression politique forte depuis longtemps, ce sont pourtant principalement les objectifs démocratiques, liberté d’expression, de la presse, élections, constitution... qui ont pris jusque là le devant de la scène politique.

On peut résumer ce paradoxe au fait que le prolétariat n’avait aucune organisation politique qui lui soit propre et qui lui permette de défendre ses exigences politico/économqiues. Il a construit ses organisations syndicales mais espérait son émancipation des autres forces sociales et politiques qui, toutes, confinent la classe ouvrière à ses revendications économiques ou aux fausses solutions nationales d’une économie égyptienne forte bâtie autour de l’alliance des travailleurs et des patrons patriotes.

Aujourd’hui, la dimension politique de la poussée sociale se fait plus pressante proportionnellement au déclin des illusions démocratiques et religieuses et aux évolutions des militants du mouvement social au travers des possibilités qu’ils ont acquises de se réunir et s’exprimer.

Avec des manifestations, grèves et luttes qui n’ont jamais cessé durant deux ans, les Frères Musulmans ont grandement perdu leur influence dans les associations professionnelles qu’ils dirigeaient ou dominaient, enseignants, ingénieurs, médecins, pharmaciens, avocats, magistrats, journalistes et, de là, l’influence qu’ils pouvaient avoir sur les milieux populaires, directement ou par le biais de leur activité caritative. Chez les travailleurs, ils n’avaient jamais réellement réussi à percer, mais c’est l’influence du syndicat inféodé au pouvoir qui est remise en cause par une nouvelle confédération syndicale de 2 à 3 millions de membres. Plus largement, c’est l’ensemble de l’opinion populaire qui construit peu à peu son indépendance de pensée par des collectifs multiples, des associations de quartier aux AG de grèves jusqu’aux associations de cinéastes, vidéastes, artistes... qui ont modifié le paysage psychologique, médiatique, intellectuel et politique du pays.

De là, une nouvelle génération de jeunes militants est en train d’apparaître, issue des classes pauvres, des quartiers populaires, des usines, de certains cercles ouvriers syndicaux les plus avancés mais aussi des milieux étudiants et lycéens, qui cherche en tâtonnant dans le programme socialiste les outils intellectuels d’une deuxième révolution. Cela s’est vu en février 2012 par un premier appel des étudiants aux ouvriers, puis en juin 2012 dans le succès électoral du socialiste nassérien H.Sabbahi.

Ces militants, quasiment sans aucun droit sinon le rapport de force qu’ils ont construit, risquant en permanence la prison ou la vie, n’ont guère d’illusions sur la protection de la loi et de l’État. Ils ont vite compris qu’ils ne se heurtent pas qu’à leur propre patron, leur propre chef ou directeur, mais au gouvernement et à l’État, tout en se frottant aux autres classes sociales qui, d’une manière ou d’une autre, occupent aussi l’espace de la contestation.

La situation rend ces classes populaires de plus en plus disponibles pour une conscience politique radicale. Aux présidentielles de mai 2012, le mouvement ouvrier présentait deux candidats pendant que le candidat socialiste (nassérien) surprenait tout le monde en faisant le meilleur résultat dans les grandes villes et les quartiers populaires jadis acquis aux islamistes. On peut mesurer une autre expression de cette maturation à l’effort des supporteurs Ultra des clubs de foot, à tenter de bâtir un parti des "Ultras de la place Tahrir" et au succès actuel de ces féroces ennemis de l’armée et des Frères, fers de lance de la révolution, acclamés partout où ils se présentent.

Il ne fait pas de doute que cette nouvelle génération de jeunes militants et d’ouvriers révolutionnaires qui sort du sol ouvrier mais aussi le féconde, inquiète le pouvoir qui comprend bien que le socialisme nassérien très institutionnel risque bien de n’être qu’une étape vers plus radical.

D’autant plus que si, jusqu’à présent, la question démocratique a tenu le devant de la scène révolutionnaire, aujourd’hui, pour la majorité des égyptiens, peu importe la forme du régime, parlementaire, présidentiel, civil ou théocratique... Ils voient la corruption partout et sont d’abord et avant tout anxieux de la quête de leur gagne-pain, d’une vie digne et d’une justice sociale pour laquelle ils ont payé de leur vie.

Avec le "lâchage" public de la révolution sociale par la révolution démocratique en décembre 2012, il ne fait pas de doute que s’est ouvert une nouvelle période. On le voit bien en janvier 2013, où tous les partis du FSN, des libéraux jusqu’aux démocrates du "mouvement du 6 avril" ont grandement perdu de leur crédit.
La logique de la situation, la méfiance à l’égard des militants des "grands" partis, devrait mener les classes populaires à chercher à construire leurs propres outils d’un pouvoir populaire dans les quartiers, les usines ou les champs, alors que la machine de l’État commence à se gripper à tous les niveaux.

Un vote "socialiste" en juin, un lâchage des partis officiels laïcs en décembre, l’exigence politique des grèves de "dégager les petits Moubarak", une avant-garde cherchant les voies d’une deuxième révolution, le chaos politique au sommet, ceux d’en bas qui ne veulent plus et ceux d’en haut qui ne peuvent plus, n’y a-t-il pas là les germes d’une marche vers des combats dont l’enjeu serait le pouvoir populaire ?

L’enjeu se trouve donc dans la capacité des militants ouvriers, étudiants, intellectuels, Ultra et socialistes révolutionnaires à donner à cet objectif une politique indépendante au quotidien s’appuyant sur l’exigence populaire à renverser les "petits Moubarak" et à ne pas en laisser la seule démagogie frauduleuse aux Frères Musulmans qui cherchent, eux, à détourner cette revendication par une simple épuration de l’appareil d’État à leur profit.

Cela veut dire appeler à la construction de collectifs populaires, à tous les niveaux, nationaux et locaux, visant à donner de la visibilité, de l’efficacité et de la force à cette expression populaire d’une deuxième révolution... dont on imagine le retentissement international.

Le 28.01.2013. Jacques Chastaing

 
A propos de Carré Rouge
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