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Notre-Dame des landes : un projet obsolète mais fédérateur… malgré lui !

AYRAULT S’ENTETE SUR UN VIEUX SCHEMA ECONOMIQUE

C’était un vieux rêve des élus nantais concocté dans les années 70 ; tous les gens raisonnables l’avaient cru enfoui dans les oubliettes des archives. Il s’agissait alors, dans une vision de rééquilibrage du territoire (pour limiter l’hypertrophie de la capitale et tenter de drainer vers l’arc atlantique, « trop » éloigné du cœur économique de la C.E.E., une partie des flux commerciaux concentrés sur l’axe rhénan) de développer une grande infrastructure de transport qui attirerait comme un aimant les investisseurs, logisticiens et zones d’activités technologiques induisant bien sûr une masse formidable d’emplois… On était au début des années 70, après 25 ans de croissance forte, d’accueil de nouveaux entrants dans la C.E.E. ce qui rend le discours de l’époque complètement obsolète aujourd’hui ! Et puis fut implantée la méga plateforme Roissy Charles De Gaulle qui a concentré l’essentiel du transport aérien longue distance, et la décentralisation a fait long feu (à peine quelques délocalisations dans le grand bassin parisien) avant des délocalisations bien plus lointaines…Et puis le projet nantais misait sur l’accueil des fameux supersoniques Concorde qui devaient trouver dans le bocage nantais, devenu porte de l’Atlantique, des pistes à sa mesure. Las, ce ruineux trésor de technologie s’est avéré trop bruyant, trop dévoreur en carburant donc extrêmement polluant et il a fini par être retiré de la circulation. Comme d’autres lubies prestigieuses du Grand Charles il a fait un flop magistral. La raison devrait donc pousser le gouvernement actuel à dire adieu au vieux rêve de M. Ayrault, un rêve qui, c’est un comble, a été en réalité formulé d’abord par la droite du pays nantais. Ne serait-il pas bon de rappeler que nous sommes plongés en pleine crise de l’économie marchande, marquée entre autre par un resserrement aigu du transport aérien ? Que nenni ! Ce serait là faire preuve d’un état d’esprit trop sclérosé, d’après notre chef du gouvernement. Et surtout un élu régional n’est pas un homme du commun. Son cerveau est branché sur l’échelle de la macroéconomie ; s’il a fait le choix d’un projet gigantesque c’est parce qu’il est un visionnaire ! Cet esprit supérieur aurait anticipé la saturation future de Roissy, envisagé avant tous les autres la saturation de Nantes Atlantique (complètement démentie par toutes les études) et donc prévu la nécessité absolue d’une nouvelle plateforme aérienne dans le Grand Bassin Parisien, puisque à l’échelle du commerce mondialisé Nantes fait partie de la grande banlieue de Paris.

IL ESSAYE DE MODERNISER L’ANCIEN PROJET

Bien sûr le Concorde est aujourd’hui au musée, mais l’entourage génial de M.Ayrault avait déjà prévu les besoins particuliers d’un autre gros porteur : l’A 380 qui a lui aussi besoin de pistes de plus de 3000 mètres pour décoller. D’ailleurs ce mastodonte a déjà des ateliers près de l’aéroport de Nantes… oui mais, près de l’actuel aéroport , celui de Nantes Atlantique, qui n’est pas saturé quoiqu’on en dise ! Et ces ateliers, il n’est pas question de les déménager ; donc pas de raison de choisir un nouveau site. D’ailleurs avec le projet dans le bocage, réactualisé, les pistes ne feraient que 2900 mètres, comme à Nantes Atlantique : l’argument A380 ne tient plus la route, lui non plus ! Mais ce ne sont là que des arguties de contestataires incompétents ; puisque l’avenir du transport aérien c’est Nantes Grand Ouest, M. Ayrault n’en démord pas. Comment justifier un tel équipement dans une logique d’économiste ? C’est très clair : un nouveau grand aéroport international, c’est comme un T.G.V. comparé à un T.E.R., c’est comme un immense C.H.U.Régional comparé à un petit hôpital de proximité, c’est comme un hypermarché Carrefour ou Leclerc comparé à un épicier de quartier… C’est très grand, on y trouve de tout, c’est plein de lumières et ça va plus vite ! Accessoirement ça rapporte beaucoup d’argent à des actionnaires et ça écrase la concurrence… parfois le client grincheux finit par trouver que ça lui coûte très cher, et qu’il faut faire des déplacements bien longs quand les petits commerces ont disparu, que la maternité locale a fermé ou que la nouvelle gare est perdue en rase campagne. Et justement avec le projet Ayrault l’aérogare serait posé en plein bocage, avec d’immenses parkings… mais payants ! Il faut bien que Vinci survive. Et l’apparition d’un géant implique bien sûr la disparition des plus petits : c’est la loi du capitalisme. Pour mieux rentabiliser ce nouvel équipement, combien parmi les sept aéroports situés dans un rayon réduit, dont celui de Rennes, devront fermer ? Cet « Ayrault port » qui paraît complètement obsolète d’un point de vue économique, sauf à se référer à des critères ultralibéraux qui anticiperaient avec un optimisme sidérant, une forte reprise économique avec une croissance à 2 chiffres, n’est un rêve que pour la multinationale Vinci. Pour les habitants du bocage ce n’est qu’un cauchemar et pour la planète simplement une nouvelle catastrophe écologique

UN ESPACE A PROTEGER… SACRIFIE AUX BETONNEURS.

Sur le plan purement environnemental, ce qui devrait être un souci majeur pour tout décideur politique, ce projet est une totale aberration. Même le misérable Grenelle de Sarkozy, dont il reste si peu d’effets, avait pris l’engagement de réduire par 4 les émissions de gaz à effet de serre pour l’horizon 2025, oh pardon … reporté à 2050 : c’est-à-dire dans deux générations, autant dire demain. Parmi ces gaz chacun sait que le CO2 est un composant principal des rejets de nos activités. Les avions long courriers en dégagent plusieurs tonnes au décollage et l’on sait qu’un seul aller-retour Paris- New-York représente en pollution CO2, par passager, l’équivalent d’une année de déplacements en voiture (ce qui est déjà énorme). Alors rêver de voir des centaines de long courriers sillonner le ciel des pays de Loire et tourner au dessus du bocage nantais relève au mieux de l’inconscience, sauf qu’elle est inexcusable pour un chef de l’exécutif. Pourtant, répondront les fervents partisans du projet, nous nous soucions beaucoup de l’écologie. A preuve les bâtiments de l’aérogare seront irréprochables : ils sont garantis Haute Qualité Environnementale (le fameux label H.Q.E. qui fait adopter à peu près n’importe quoi). Des bâtiments qui seraient sans doute, pourquoi se gêner, plus écologiques que le bocage qu’ils recouvriraient !! Et tout le reste, c’est-à-dire les 478 hectares de béton des pistes et immenses parkings, ils seront coulés en béton écologique ? On attend le nouveau label de Vinci… Car ce qui va être sacrifié, ce sont des zones humides lesquelles, au total, ne représentent que 2% des surfaces de toute l’Europe. Elles font donc partie des espaces les mieux protégés, notamment par la Directive Natura2000, et la protection est renforcée par la loi sur l’eau protégeant en théorie tous les bassins hydrographiques. Ces deux critères essentiels devraient suffire à faire condamner définitivement le « projet Ayrault », mais les fanatiques du béton se déclarent prêts à verser des compensations pour les dégâts environnementaux qu’ils causeraient : eux reconnaissent les dommages ! et les instances européennes acceptent ce principe des compensations : on croit rêver. Un cauchemar en réalité !

UN AYRAULT AU SECOURS… DU PRIVE

C’est une des problématiques de fond que sous-tend ce dossier et qui emmène le débat sur le terrain des choix économiques et du mode de leur financement. Ce qui se joue dans ce type de projets nous est souvent présenté comme un montage innovant pour favoriser les investissements publics. Ce serait moderne pour nos élus locaux, et même très habile de faire cofinancer leurs grands équipements par des capitaux privés. Ils appellent cela un partenariat ; comme il y a des partenaires sociaux dans les entreprises, il y a des partenariats entre argent public et privé. Comme si des multinationales allaient participer équitablement à des services publics et réaliser un montage harmonieux pour le bien de la communauté. C’est portant ce qui se pratique à tous les échelons de la vie locale : combien de milliers de communes ou communautés de communes font des travaux de voierie, des nouveaux ronds-points ou des mairies pharaoniques en P.P.P. avec les grands groupes du bâtiment. On connait les partenariats avec des fonds de pension pour la construction et la gestion d’hôpitaux et rappelons le scandale du coût exorbitant du grand hôpital du Sud Francilien, ou du pseudo Pentagone de Sarkozy. Un exemple croustillant à Rouen : Fabius et ses réseaux d’élus locaux ont fait réaliser un Palais des Sports (dont l’utilité est très discutée) en partenariat avec la très diététique entreprise Ferrero (Kinder, Roche d’Or et Nutella) qui doit aider à la gestion du lieu gentiment dénommé en lettres géantes- KINDARENA- pour la santé de la jeunesse.

Les montages financiers de ces P.P.P. sont généralement très simples : l’argent public permet de réaliser une grande partie des investissements lourds ; si la gestion est très rentable, elle est souvent confiée au privé (comme pour les délégations de services publics : eau, assainissement, ordures ménagères…). Combine généralisée pour le péage des parkings en ville, les transports scolaires et jusqu’à certains services hospitaliers. Mais chaque fois que la gestion devient déficitaire, ce sont les finances publiques qui épongent.

AU SERVICE DE VINCI

Dans le dossier NDDL, c’est donc le groupe Vinci, multinationale omniprésente dans nos grandes agglomérations qui ramasserait le pactole avec une concession de 55 ans pour l’exploitation et la maintenance de l’équipement qu’il aura presque entièrement réalisé. Rappelons que Vinci empocherait le péage des immenses parkings étalés sur le bocage. Pour la facture globale de l’opération, on ne trouve que des chiffres très anciens, largement sous évalués et qui ne prennent pas en compte les coûts très élevés de transports en commun prévus : Nantes- aéroport, et peut-être T.G.V. Paris- Rennes- Nantes passant par NDDL. Dans ce cas de figure, le Nantais qui irait à Paris soit utilise sa voiture et paye un prix élevé de parking, soit fait une demi-heure de métro-tram pour NDDL ; sur place il devra attendre l’embarquement pour 3/4d’heure de vol vers Roissy et là reprendre une navette pour Paris… simple. Mais s’il y a un T.G.V.la concurrence coût-trajet devient féroce. Est-il donc simplement raisonnable de dépenser 2,5 ou 3 milliards d’euros si le TGV doit être finalisé, alors que l’aéroport actuel donne satisfaction à l’international ? Pour les contribuables qui financeraient la moitié de la facture, la réponse est déjà donnée : c’est NON. Et pourtant ce type de grand projet reçoit systématiquement l’accord et des aides de Bruxelles ; ainsi furent construits en Grèce un pont très coûteux sur le détroit de Corinthe, ou par exemple une gare maritime toute en marbre et archi surdimensionnée à Igoumenitsa, un aérogare gigantesque et quasiment vide et un métro relativement peu fréquenté sur de longues portions à Porto, un aéroport complet mais inutilisé à l’ouest de Madrid car prévu pour l’affluence des villes nouvelles que la crise a laissées vides !! Et on peut multiplier les exemples, notamment dans ces Etats que la Troïka (dont la Commission de Bruxelles )presse aujourd’hui de rembourser les emprunts. Mais pour en revenir à NDDL, le gouvernement, s’il s’acharne sur ce projet lamentable, fera la démonstration éclatante qu’il tourne le dos à cette transition écologique dont les écologistes ont fait un slogan, qu’il se fiche du réchauffement climatique et qu’il se borne à perpétuer une politique suicidaire pour nous tous de la croissance à tout prix, soit disant créatrice d’emplois… Un leurre : les emplois futurs gisent en grande partie dans une politique d’alternatives à toutes les catastrophes économiques et écologiques perpétrées depuis plusieurs siècles

MAIS UN ESPACE DEFENDU PIED A PIED PAR LA POPULATION…

Puisque nous en sommes aux préoccupations écologiques, la défense d’un territoire spécifique a rappelé à beaucoup la grande lutte pour la protection des terres du Larzac. Dans ces deux cas il s’agit en effet de terroirs très particuliers : ici le bocage nantais, là les pâturages à moutons. Mais ce qui frappe le plus dans cette comparaison, c’est la mobilisation, à des moments bien spécifiques, de foules extrêmement bigarrées unies par le refus d’un diktat imposé par un Etat au service d’intérêts privés. Il s’agit dans les deux cas de dire STOP, ce projet venu de tout en haut, ON N’EN VEUT PAS. Au Larzac se sont retrouvés, pas seulement pour protester, mais pour s’enraciner concrètement sur un territoire qui devenait leur terre, des centaines de militants issus du mouvement de 68, soutenus par des milliers d’autres venus les épauler contre les flics et l’armée. Et, ici encore, une puissante collectivisation de courants très disparates voire parfois conflictuels ont su se regrouper. A Notre Dame d’Hollande, comme s’amusent des banderoles aujourd’hui, il y a des dizaines d’agriculteurs directement concernés et menacés d’expulsion et à leurs côtés des dizaines de militants d’origines diverses qui se sont implantés dans ce bocage, s’y enracinent depuis des années et en font leur terre. Et ils ont eux aussi réussi à fédérer à leur cause des dizaines de milliers de militants qui les soutiennent contre la police.

Pourquoi là et maintenant ? Peu importe, des projets largement aussi mauvais il en passe sans arrêt, mais celui-là a fait s’indigner une foule excédée qui ne reculera plus. Pour les grincheux qui se lamentaient que nous n’ayons pas en France notre mouvement des INDIGNES, voilà la réponse. Une partie de la pression qui pèse sur la population avait absolument besoin d’exploser, de hurler son exaspération contre ceux qui entendent décider de notre avenir, en écrasant le tissu vivant des terroirs et de leurs habitants, en les noyant sous le béton pour en faire des sarcophages. Et ça cristallise largement dans le spectre de la gauche : depuis une aile du P.S. aux écologistes et jusqu’aux anarchistes, avec l’appui très significatif de paysans bretons et bas normands, d’anciens du Larzac pour transmettre leur expérience et des associations et syndicats solidaires…

Mais dans ce patchwork très coloré, il ya quelques « trous ». Parmi les écologistes on a bien une image de Noël Mamère pénétrant en commando à l’intérieur d’une ferme bouclée sur ordre judiciaire (courageux pour un fervent partisan du T.C.E. en2005), mais que font les ministres écologistes au gouvernement ? Ils appliquent la discipline dite républicaine, soutien à leur chef et aucune démission en vue… on va s’amuser de leur langue de bois, déjà bien rodée d’ailleurs ; ce sont de véritables boas qu’ils devront avaler pour assurer leurs postes au sommet de l’Etat. Et que dire des élus communistes, déjà indécrottables partisans du nucléaire au nom de la défense de l’emploi et des savoirs faire français, qui soutiennent le projet Ayrault ? Coup dur pour le Front De Gauche complètement écartelé dans cette affaire. Ces élus qui veulent conserver des sièges au Conseil Régional, en alliance avec le PS, vont-ils se couper du mouvement populaire qui prend de plus en plus d’ampleur ?

UN PROJET FAUSSEMENT DEMOCRATIQUE

Voilà bien un dossier qui fait la démonstration éclatante, comme un cas d’école, de la fracture ouverte entre les décideurs politiques à tous les niveaux de l’Etat et… la base citoyenne qui s’exprime par la démocratie directe. Le gouvernement et sa ministre de l’écologie rappellent, droits dans leurs bottes de légalistes, que toutes les procédures administratives ont été parfaitement respectées, dans le superbe édifice vertical que notre République a construit depuis les communes jusqu’au sommet de l’Etat et aux institutions de l’ U.E. Ils assurent disposer de tous les tampons et les signatures adéquates avalisant le projet : donc c’est bon et ça se fera. Pour l’Etat ce serait une opération légale. Mais pour une grande partie de la population locale cette opération est illégitime et elle l’a dit clairement : ce projet on n’en veut pas. D’ailleurs cette population locale ne se déjuge pas, puisque, depuis des années, à toutes les enquêtes d’utilité publique, elle a toujours très majoritairement voté NON. Mais les élus sont plus sages que le peuple, on le sait bien depuis le TCE de 2005 ; pour eux un NON se transforme facilement en OUI. Il est intéressant de constater que même dans les rangs du PS, ça tiraille… un sénateur socialiste rappelle que l’enquête « indépendante » coût-bénéfice sur laquelle s’appuie l’Etat a été truquée grossièrement pour donner le résultat positif attendu par ses commanditaires… Ce même élu constate aussi qu’un ancien préfet de Loire Atlantique qui avait poussé en avant ce dossier est aujourd’hui embauché par… Vinci. C’est un transfert au privé très lucratif qui est assez fréquent pour les hauts fonctionnaires de la République. Après tout puisqu’on fait en permanence des PPP, il y a une confusion aisée entre intérêt général, au service de la population et intérêts privés au service de la bourse. Mais poursuivons un peu dans les avis autorisés, par exemple celui des pilotes de ligne qui utilisent en continu l’aéroport Nantes Atlantique. Leurs avis ne doivent-ils pas être pris en compte ? Or ils se disent satisfaits de l’actuel équipement qu’ils ne trouvent pas du tout saturé et très bien classé au niveau européen depuis des années (eh oui , pour ça aussi il y a des notes !). Par contre, ils font tous un même reproche : pourquoi les contrôleurs aériens ont-ils ordre de leur faire survoler une grande partie de l’agglomération nantaise, alors que ce n’est pas le couloir le plus direct ? On s’interroge ; peut-être que l’enquête sur le bruit auprès des nantais y est pour quelque chose… : une grande partie de la population se dit beaucoup plus gênée par le périphérique que par l’aéroport. Nos grands défenseurs de l’intérêt général ne chercheraient-ils pas, par tous les moyens, à leur faire changer d’avis ? Pour ensuite transférer une partie de ces nuisances urbaines vers la campagne ! Il apparaît donc que la population et les principaux usagers sont contre ce projet, projet dont la légalité même est sérieusement mise en cause : d’ailleurs plusieurs procédures judiciaires, engagées par les opposants, sont en cours. Les papiers officiels ont été signés par quelques élus, mais des milliers de gens rejettent ce projet jugé absurde.

Le discours du gouvernement commence, sous la pression, à changer un peu : il veut bien dialoguer avec les opposants (quelle ouverture pour des socialistes !) mais refuse, pour le moment de revoir sérieusement son dossier. Sans doute pense-t-il qu’il ne s’agit que de convaincre, par la pédagogie, ceux qui n’auraient rien compris au projet : discours classique de tous les gouvernants…qui vise à transformer les opposants en mauvais élèves, bêtes et indisciplinés !

Mais c’est surtout dans le bocage lui-même que tout se joue. Et là, la détermination des opposants est toujours très forte : les bâtiments détruits par la police sont reconstruits, la Confédération paysanne appuie avec des dizaines de tracteurs les manifestants, les manifestations à Nantes sont toujours massives et joyeuses. Des dizaines de comités de soutien, un peu partout en France, préparent les mobilisations à venir. C’est tout un peuple d’INDIGNES qui fait face au gouvernement : ils sont la force de la démocratie directe qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Le 17 novembre ce sont 40 000 opposants au projet qui se sont retrouvés. Laissons, pour conclure, la parole à ceux qui ont participé à ces journées :
« La réalité du mouvement c’est une multitude de personne qui font de la logistique, des repas, de la communication, des collages, des dossiers juridiques, des lance-pierres, des sabotages d’engins de chantier, des pansements, des chansons, qui construisent des maisons, cultivent, laissent des marques sur les bureaux de ceux qui nous attaquent, se couchent sur les routes ou y courent masqués... Beaucoup d’entre nous partagent ces différentes manières de se rapporter au mouvement suivant les heures, les jours, les montées de colère, de joie ou les réflexions tactiques... Ce que nous vivons sur le terrain, ce n’est pas une nécessité de s’affirmer comme violent ou non-violent, mais une volonté de dépasser ces catégories idéologiques et séparations neutralisantes. Nous sommes un peu trop complexes pour rentrer dans les caricatures du pouvoir : "ultras", "gentil écolos", "opposants historiques", "jeunes zadistes" »(extrait de la tribune libre parue dans Le monde du 13 décembre 2012). http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/12/13/notre-dame-des-landes-une-resistance-qui-ne-se-laissera-pas-dicter-sa-conduite_1805511_3232.html

Pour Etienne de Rouen : « C’était génial, il y avait des personnes âgées, des jeunes, des familles ; moi, j’ai jamais vu ça dans les manifs ; il y avait du sens grâce aux occupations. Tout le monde avait une planche et un marteau à la main, il se passait quelque chose, on avait un but, quelque chose à construire tous ensemble ; ce n’était plus juste marcher dans une ville, crier une belle phrase puis, arrivés à la fin, chacun rentre chez soi » (extrait d’un interview à paraître sur le site de Culture et Révolution)

Et à propos de la violence :
« Quelques jours plus tard, quand les troupes sont revenues pour expulser, détruire et blesser, des centaines de personnes de tous horizons ont fait face, avec des chants, des sittings mais aussi des cailloux et des bouteilles incendiaires. Toutes celles et ceux qui ont partagé ces journées savent bien que cette diversité de réponses n’a pas été tant source de scissions et de séparations, mais bien plutôt de rencontres et de solidarités mutuelles. »( tribune libre du Monde déjà citée)

Etienne va dans le même sens : « à Notre-dame des landes tout le monde s’est rendu compte que, sans drapeaux, ça rassemble encore plus ; voilà pourquoi le mouvement est en train de prendre une grande ampleur. Oui, il y a eu une part de violence. Mais d’un côté c’était des gens qui voulaient partager, qui ont lancé des cailloux sur les flics mais qui au moment des mobilisations sont là pour l’échange et le partage ; de l’autre, c’est dramatique, il n’y a pas d’échange d’idées, de partage avec les flics : on ne va pas partager des coups ! »Alain Floury 16 décembre 2012

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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