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Les conditions quotidiennes des luttes et la perspective du communisme

Ce texte répond à la préoccupation suivante. Nous serons toutes et tous d’accord pour dire que l’idée, la perspective du communisme [1] doit être profondément retravailler et ré-explicité. La question qui peut nous être posée, ou que nous nous poserons nous-mêmes, est la suivante. Comment engager le travail dès le départ de telle manière que cette perspective puisse s’intégrer progressivement comme composante des luttes que les agressions du capital et des gouvernements forcent les salarié(e)s à engager partout. Ce serait une composante de nature particulière bien sûr, mais néanmoins déterminante puisque visant à donner un sens aux combats, y compris à ceux qui sont perdus dans l’immédiat ? [2] Envisager les choses ainsi, est d’autant plus important que les luttes engagées aujourd’hui se mènent dans un contexte historique mondial précis, dont certaines déterminations cruciales rendent le succès de ces luttes difficiles, voire très difficiles [3]. Il ne nous suffit pas d’affirmer la nécessité de mener un travail théorique et politique qui aident les salarié(e)s, et en premier lieu les militant(e)s, à briser l’enfermement politique dans les limites soit d’échéances électorales nationales [4], soit d’initiatives internationales, menées sur le terrain d’un anti-libéralisme flou, là où elles ne sont pas carrément placées dans le sillage des nouveaux grands champions de « l’anti-impérialisme » et des appareils étatiques que ceux-ci dirigent. La perspective renouvelée du communisme à laquelle nous voulons contribuer, aussi bien que la volonté d’aider à ce que l’auto-activité des salarié(e)s se dirige vers des objectifs proprement politiques (cette expression sera définie plus loin), ne doit-elle pas surgir comme réponse à des traits déterminés des luttes concrètes menées quotidiennement ?
En partant du postulat que le projet dans lequel nous nous engageons ne peut pas reposer sur le seul propagandisme théorique et politique, mais doit obligatoirement tenter de répondre aux problèmes majeurs auxquels les salarié(e)s sont confrontés dans leur existence et leurs combats quotidiens, ce texte examine deux de ces problèmes, étroitement liés entre eux : celui qui résulte de la mise en concurrence directe des travailleurs à l’échelle internationale ou plus exactement mondiale et celui qui tient au déplacement institutionnel et donc au changement partiel de localisation géographique des formes constitutives de l’Etat - l’Etat avec un majuscule, celui qui est consubstantiel au Capital face aux salarié(e)s, aux exploité(e)s, aux dominé(e)s. Il faut espérer que d’autres contributions parviennent ultérieurement à traiter avec un souci analogue les questions majeures qui sont laissées de côté ici, celle des guerres impérialistes du 21° siècle et celle des conditions écologiques de la reproduction sociale que ce texte ne fera au mieux que mentionner.

La transformation radicale du contexte des luttes sociales des salarié(e)s d’Europe

L’obligation de tourner le dos le plus possible à l’abstraction (non dans le sens de la théorisation, mais de l’indétermination sociale et politique des questions posées), fait que c’est en se référant aux pays « d’où on parle » que cette tentative est faite. La redéfinition et la réappropriation de la perspective du communisme vont nécessairement se faire de façon différente, suivre un cheminement spécifique, selon qu’on parle à partir de la Russie ou d’autres parties de l’ex-URSS, de la Chine, de l’Inde, de l’Afrique, ou même de l’Amérique latine, dont nous paraissons proches politiquement, et selon qu’on parle d’Europe.
Les pays dont nous parlons sont ceux de l’Europe occidentale, qui n’ont pas vécu le stalinisme en direct et qui sont aussi des pays sièges d’impérialismes dont le caractère d’impérialismes de second rang par rapport aux Etats-Unis n’atténue pas leur nature fondamentale avec tout que cela implique comme facteurs qui influent sur leur configuration sociale spécifique, comme sur leur place dans le système mondial. Ce sont des pays dans lesquels les salarié(e)s ont bénéficié, du fait de leurs propres luttes bien sûr, mais aussi de processus endogènes au capitalisme et de conditions nécessaires à sa consolidation après 1945, comme de leur appartenance au système d’ensemble de domination impérialiste, une période de prospérité et de plein emploi exceptionnelle dans l’histoire du capitalisme, tant par sa durée (une trentaine d’années) que par l’ampleur de la diffusion de « bien être » qui lui a été associée. Depuis environ 25 ans les positions acquises par les salarié(e)s ont été érodées à un rythme qui est allé en s’accélérant, le degré actuel de destruction étant différent selon les pays (même au Royaume Uni il n’y a pas eu destruction totale). Du côté du « mouvement ouvrier », les combats contre ces destructions ont été menés dans le cadre d’un dispositif théorico-politique qui est devenu de moins en moins performant et dont les effets sont maintenant ravageurs. On y trouve, mélangés dans des combinaisons multiples, la ligne de « défense des acquis », usée jusqu’à la corde par certains, celle de l’appel à légiférer (type « interdiction des licenciements boursiers »), coiffées par celle toute dominante de « l’inéluctabilité de la mondialisation » et l’obligation de s’y « adapter » au mieux. Bien que les premiers éléments de ce dispositif idéologique soient devenus largement inopérants, ils continuent à être défendus par ceux qui ignorent ou feignent d’ignorer la nature et l’ampleur des transformations qui sont intervenues. Quant aux apologues de « l’inéluctable adaptation » à la mondialisation, ils se gardent bien de dire jusqu’où celle-ci pourrait mener les salarié(e)s. Les uns et les autres se retrouvent pour occulter les bases de la transformation radicale du contexte des luttes sociales dans la partie du monde d’où nous parlons, ou au moins en atténuer fortement les implications.
La première responsabilité de tout(e) militant(e) est de se défaire du syndrome de « la peur de désespérer Billancourt » et de commencer à aider les salarié(e)s à y voir clair, en leur donnant les éléments qui puissent leur permettre de comprendre l’ampleur des problèmes auxquels ils sont confrontés, dont ceux qui résultent de la mise en concurrence directe des travailleurs à l’échelle mondiale, ainsi que du déplacement institutionnel et géographique des formes constitutives de l’Etat, du véritable « siège du pouvoir » du capital. Cela suppose bien entendu qu’on cesse de faire ami-ami avec les appareils politiques et syndicaux, dont l’objectif (outre celui de durer) est, dans le meilleur des cas, d’accompagner les salarié(e)s dans les affres de « l’adaptation inéluctable » un peu comme on accompagne quelqu’un qu’on aime bien dans la mort. Mais cela suppose aussi, pour utiliser une expression familière, de « traiter les salarié(e)s comme des adultes », de considérer qu’ils sont à même d’affronter la vérité, et donc d’entrevoir que c’est dans la manière dont ils pourraient réagir aux défis qui les confrontent que gît la possibilité de réinscrire la perspective du communisme dans les combats qu’ils mènent et mèneront.

Mesurer la portée de la mise en concurrence internationale directe des travailleurs

Rappelons le statut théorique de cette question. L’état des rapports entre le capital et les travailleurs - ceux qui sont prolétaires au sens fondamental de n’avoir d’autre marchandise à vendre que leur force de travail - est très fortement déterminé par le degré auquel ils parviennent à limiter la concurrence que le capital instaure entre eux. La question est si importante qu’elle domine la seconde partie du premier chapitre du Manifeste du Parti Communiste de 1848. Marx et Engels y suivent le cheminement du prolétariat depuis la phase où « il forme une masse disséminée à travers le pays et émiettée par la concurrence » au moment où au travers les coalitions et « l’accroissement des moyens de communication qui permettent aux ouvriers de différentes localités de prendre contact », on commence à voir se « transformer les nombreuses luttes locales (...) en une lutte nationale à direction centralisée, en une lutte des classes ». Cependant, « cette organisation du prolétariat en classe donc en parti, est sans cesse détruite par la concurrence que se font les ouvriers entre eux ».

A des degrés divers mais assez homogènes tout de même, les prolétariats des pays d’Europe occidentale sont parvenus, par phases successives d’avancée et de recul, entre le début du 20° siècle et les années 67-68/74-75, à réduire très fortement cette concurrence à l’intérieur des frontières de chaque Etat. N’étant pas parvenus à « s’organiser en classe donc en parti » au sens du Manifeste [5] , ils n’ont porté que des atteintes très, très limitées et temporaires à la propriété privée des moyens de production. Ce faisant ils ont permis aux bourgeoisies de reconstituer des rapports favorables au capital de sorte que les salarié(e)s se trouvent confrontés à une situation où celui-ci les jouent les uns contre les autres à un degré jamais connu. Car il est claire maintenant que la véritable portée de la mondialisation du capital issue de la libéralisation, de la déréglementation et des privatisations, est de permettre la mise en œuvre sur une très vaste échelle de stratégies capitalistes de mise en concurrence directe de pays à pays de salarié(e)s, de prolétaires au sens de Marx,

• ayant une productivité du travail sensiblement comparable et qui tend à le devenir de plus en plus, mais
• vivant dans des rapports politiques et sociaux domestiques qui permettent au capital de les payer, dans tel ou tel pays, 5,10 ou 15 fois moins cher qu’ailleurs et de leur dénier les dépenses de salaire indirecte de protection sociale consenties ailleurs.
Les principaux instruments de cette mise en concurrence des salarié(e)s de pays à pays sont les marchés uniques (type UE), les zones de libre échange (ALENA), les délocalisations par investissement direct ou par sous-traitance internationale à longue distance et les flux de marchandises à bas prix permis par la libéralisation des échanges (Chine, Inde, et Asie du Sud Est). Mais la concurrence s’étend et s’insinue par mille et uns canaux, dont ceux de l’immigration et les situations de dépendance profonde des immigrés à l’égard du capital, mais aussi celui du statut des précaires et des chômeurs. Ce processus de mise en concurrence autorise une large gamme de stratégies patronales. Il a les caractères d’un bulldozer, d’un rouleau compresseur. Il ne touche pas seulement les salarié(e)s des secteurs directement soumis à la concurrence avec les salarié(e)s des pays à très bas salaires. Aucune activité n’échappe à ses effets. Des mesures de politique économique et sociale qui pouvaient encore avoir un petit effet avant les traités de Maastricht et de Nice, avant le traité de Marrakech et avant la pleine intégration de L’Inde et de la Chine dans le processus de mondialisation, ne sont aujourd’hui pas mieux que des placebos. Continuer à lancer des mots d’ordres dont ces mesures sont le support relève de la charlatanerie politique.

Rechercher les bases objectives de la continuité des politiques imposées aux salarié(e)s

Il faut en venir au second processus dont les salarié(e)s ont fait l’expérience parallèlement à celui de la mise en concurrence internationale - celui de constater l’impuissance de méthodes qui avaient fait leurs preuves par le passé, la manifestation de masse, la grève de secteurs entiers, le rejet massive de politiques dans le cadre d’élections ou d’un référendum, à avoir la moindre incidence sur le cours de la politique économique et sociale, ou même à changer l’orientation des grands appareils politiques et syndicaux. Pour s’en tenir à la France, quoique les salarié(e)s aient pu faire (il est vrai qu’ils n’ont pas encore recouru à la grève générale), c’est la même politique qui a continué à être appliquée. Là où en 1995 il y avait au moins eu un ralentissement de rythme des attaques en 2003 comme 2005 il n’y a eu aucun. Deux niveaux d’explication sont possibles. A condition de les lier et ne pas s’en tenir au premier, ils ne sont pas nécessairement exclusifs.

Le premier a trait à des facteurs internes au « mouvement ouvrier ». Au sens d’un ensemble d’organisations, notamment syndicales, aidant les prolétaires à se structurer au moins en partie en « classe pour soi », le mouvement ouvrier est moribond. Dans la majorité des pays il garde sa fonction de représentation dans le cadre de formes d’intégration des syndicats à l’Etat qu’on peut qualifier comme néo-corporatistes (dans des pays comme la France ces formes incluent des aides financières directes ou indirectes du patronat et de l’Etat). Nécessairement acquis à l’idée du caractère inéluctable de la mondialisation, les directions syndicales se dresse contre toutes les initiatives permettant aux salarié(e)s de s’organiser et de se représenter de façon autonome face au patronat et aux gouvernements.

Le second concerne la restructuration, inachevée aux yeux du capital, mais déjà fortement avancée dans certains continents, des institutions constitutives de l’Etat entendu comme appareil de domination du capital, restructuration qui fait de l’Etat de l’Etat-nation, non plus le siège du Pouvoir, mais au mieux l’un de ses sièges, et d’être réduit au statut (peu enviable pour ceux qui l’acceptent) d’une sorte « d’exécutant de base » d’orientations décidées préalablement ailleurs. Ce serait là le résultat simultanément du processus de concentration et d’entrelacement international du capital et de la formation de « lieux de pouvoir » sous l’égide de groupes précis au sein du capital financier et bien entendu de la construction patiente avec leur accord et leur conseils, sinon sous leur impulsion, du réseau dense de traités qui crée pour chaque Etat-nation le cadre, mieux le carcan de son « périmètre d’action ».

Cette question exige un examen approfondi. Mais nul ne peut ignorer l’hypothèse qu’une construction comme l’Union européenne, même sans « Constitution », est une forme manifeste de ce processus de « restructuration avec déplacement » subie par la forme « Etat ». Son aboutissement, qui est aussi évidement sa raison d’être, est d’interdire autre chose que « l’alternance ». Si on cherche le « secret » de la « synthèse » du congrès du Parti socialiste du Mans, c’est là qu’il faut le chercher pour une large part. L’hypothèse d’une « restructuration avec déplacement » a des conséquences d’une portée plus importante, y compris d’ordre théorique. Si elle s’avère exacte, elle achève de saper la validité de toutes les stratégies de transformation sociale par occupation de l’appareil d’Etat national pour le mettre « au service des salarié(e)s, du type défendues au fil du temps par les théoriciens des Partis communistes occidentaux. Elle transforme évidemment aussi en mascarade cruelle le petit jeux politique mené actuellement pour tenter de convaincre les militant(e)s et bientôt le gros des salarié(e)s qu’une bonne alliance, (avec une dose de 100% à gauche ?) peut changer leur condition. Toutes sortes de retour de bâton, à commencer la remontée l’abstention salariée aux élections après de nouvelles expériences de la faible utilité du vote, guettent les organisations qui s’enfoncent dans des voies électoralistes. Mais, si l’hypothèse s’avère exacte, la « restructuration avec déplacement » de la forme « Etat » aurait de fortes implications pour le travail que nous entreprenons.
Tout ce que ce texte peut faire de plus est de poser quelques jalons pour la discussion qui s’engage et pour les recherches qui devront la sous-tendre.

En ce qui concerne le point traité dans cette sous-section, on se limitera ici à dire ceci :
• les voies fondées sur l’auto-activité du prolétariat, qui n’avaient jamais perdu pour ceux et celles qui les ont toujours défendues la valeur de références historiques majeures, de moments phares dans l’histoire de la lutte pour l’émancipation, acquièrent de nouveau aujourd’hui le statut de « voies obligées », les seules qu’on puisse opposer à la barbarie et à la dégénérescence sociale provoquée par le capitalisme ;

• sur le terrain des luttes, la priorité est à l’auto-organisation des salarié(e)s sous la forme élémentaire de mise sur pied de formes d’organisation indépendantes qui les soustraient autant que faire à l’influence des appareils syndicaux, qui les laissent maîtres de leurs décisions et qui leur assurent le maximum d’appui extérieur (généralisation des grèves, jonction avec les usagers dans le cas des services publics) ;

• tout projet politique qui ne se donne pas pour objet la mobilisation du « peuple entier », c’est-à-dire de la majorité des citoyens-salariés, contre les institutions de l’Etat et des partis politiques bourgeois ou pro-capitalistes, avec tout ce que cela signifie de mise eu rancart radical du « substituvisme » dans toutes ses variantes, est aujourd’hui dans une perspective d’émancipation sociale un projet politiquement mort-né.

Face à la concurrence entre travailleurs, comment formuler des objectifs, articuler des explications ?

Si on accepte que l’une des armes majeures, sinon l’arme principale de domination des salarié(e)s et des exploité(e)s plus largement, est effectivement redevenue la capacité du capital de dresser ceux-ci les uns contre les autres dans une logique de concurrence toujours plus forte et de distribution des emplois rares aux « moins-disants » ( processus dont les « bourses du travail » sur Internet qui commencent à apparaître en Allemagne et en Europe centrale sont une expression parmi beaucoup d’autres), alors c’est sur ce point qu’il faudrait pouvoir mener un travail collectif sur des mots d’ordre éclairés par la perspective socialiste ou communiste.

L’engrenage n’est-il pas celui d’une situation généralisée dans laquelle chaque salarié(e) va commencer à être porté à voir ses semblables de plus en plus comme des concurrents face auxquels il ou elle est engagé(e) dans une lutte vitale. Une première étape, largement engagée, est celle de la désignation comme « groupe cible ennemi » des travailleurs immigrés qui acceptent des salaires bas, parce qu’ils y sont contraints ou parce qu’ils viennent de pays privés du type d’organisation, notamment des syndicats, ayant pu faire primer tant soit peu les valeurs de solidarité par rapport à la concurrence. Mais cette étape, celle du racisme anti-immigré, est bien vite suivie de bien d’autres. Aux côtés de l’immigré maghrébin ou africain, c’est le « plombier polonais » qui est appelé à revêtir de façon croissante la figure de l’Autre, de l’Etranger, de celui qui peut aisément être désigné comme étant « l’ennemi », et cela pas seulement dans les Balkans.
Y a-t-il moyen sur ce terrain d’articuler les combats menés dans une certaine proximité de lieu ou d’expérience communs avec la perspective de l’objectif ultime qu’il s’agirait de viser. Il n’y a que l’élimination de la propriété privée des moyens de production qui permettrait de soustraire les travailleurs à la concurrence à laquelle le capital les oblige de se livrer entre eux. A son tour, le seul cadre dans lequel les travailleurs concurrents peuvent définitivement cesser de revêtir la figure de l’Autre, de l’Etranger, est celui de la planète prise comme telle. Sous l’impulsion du capitalisme, pris simultanément comme système constructeur d’un système pleinement mondialisé et système destructeur des conditions élémentaires de la reproduction sociale pour des milliards de gens, celle-ci est devenue le seul espace où puisse être conçue l’idée d’une « maison commune de l’humanité », dont la première tache serait de faire que l’espace mondial cesse d’être un enfer pour les trois-quarts de ses habitants et cesse d’être menacée dans son existence même par les destructions écologiques provoquées par des modes de vie ayant la propriété privée et l’individualisme de la marchandise-fétiche comme fondement.

Mais dans cette voie, il peut y avoir, et il y aura nécessairement des étapes comportant la construction de tremplins vers l’objectif. Je saute directement à celui qui me semble depuis plusieurs années aussi important qu’ignoré, à savoir les Etats-Unis socialistes et démocratiques d’Europe dirigés par les citoyens-salariés. Pour revenir au « plombier polonais », force est de mesurer les limites théoriques et politiques dramatiques de la campagne du Non au référendum du 29 mai, ou encore de la campagne actuelle contre la directive Bolkestein, dont la marque est l’incapacité et la peur chez les uns et le refus chez les autres, d’opposer à « l’espace de concurrence libre et entière », l’espace de la construction contre le « marché », c’est-à-dire contre le capital et la propriété privée des moyens de production, de la coopération et de la solidarité
 [6].

Seuls des moyens très énergiques peuvent être opposés aux très fortes disparités des niveaux de salaire et des standards de vie entre les pays que le capital exploite en Europe. La concurrence entre travailleurs ne pourra être surmontée que par des mesures reposant sur « l’organisation négociée de la coopération et de la division du travail entre systèmes de recherche et de production nationaux », la réhabilitation de l’idée qu’un « début de planification démocratique, négociée entre les salariés d’Europe » permettrait aux salarié(e)s d’être dépendants des décisions du capital et devenir des gens qui commenceraient à être maîtres de leur avenir, et de vrais alliés aux dominé(e)s et aux exploité(e)s ailleurs dans le monde, en contrôlant l’usage de leurs moyens communs de production, de communication et d’échange. La planification démocratique, négociée entre les salariés d’Europe, est également nécessaire si l’on veut combattre la crise écologique. Celle-ci est presque indissociable de la crise sociale et pose la question des rapports de production actuels. Ainsi, pour prendre un exemple, l’un des domaines où l’exploitation féroce des salariés au moyen de la création d’une concurrence féroce se combine directement avec la crise écologique provoquée par les émissions de carbone est celui des transports routiers. La planète comme telle étant le seul cadre possible de construction d’une « maison commune », une telle approche n’a de sens que pour autant que les Etats-Unis démocratiques d’Europe dirigés par les citoyens-salariés soit prioritairement un point d’appui, aussi décisif que possible, dans la lutte contre l’impérialisme et le militarisme, dans le combat des peuples opprimés contre la famine, la maladie et la misère, et dans la lutte contre les désastres écologiques qui avancent à grands pas.
10 janvier

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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