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Contribution

Je n’ai pas d’ennemis chez ceux et celles, qui, cherchent lucidement une issue vers le socialisme, quelle que soit leur histoire et leur situation dans le champs politique actuel. Trotsky écrivait à la fin de Leur morale et la nôtre :
« Participer au processus historique les yeux pleinement ouverts, avec une volonté tendue, telle est la satisfaction par excellence qui puisse être donnée
à un être pensant... »

C’est la morale politique qui doit toujours guider notre volonté de discuter , d’élaborer ensemble, de polémiquer, de chercher ensemble le lieu où sera à nouveau ouvert un chemin de passage pour une force anticapitaliste. J’ai choisi de participer aux travaux de la revue Carré Rouge, un peu de manière épisodique dans les années qui ont suivi la grève de 1995 puis plus régulièrement, parce que je continue à penser que les cadres politiques qui l’ont fondé, ne sont pas issus de n’importe quelle tradition dans l’histoire du mouvement révolutionnaire et du trotskysme. Décrire la crise d’une organisation, en l’occurrence l’OCI, qui a représenté dans les années 1981 un capital politique, organisationnel, culturel considérable vers une secte dangereuse (voir par exemple le pitoyable quadrillage de la manifestation pour célébrer le centenaire de la loi de 1905) ne suffit plus. Certes, quel capital gaspillé ! Une génération perdue... On peut certes continuer à s’asseoir sur le rocher et contempler l’étendue du désastre ou aider la génération qui montera demain en politique à s’affranchir des vieilles impasses.
A partir du texte qui sert de convocation à la réunion du 14-15 janvier, commence à se développer une discussion entre militants et réseaux qui participeront à la réunion du 14 janvier, certains points me posent problème. J’entre dans la discussion. Je cite :
« la victoire du non au referendum du 29 mai 2005 en France est un événement européen et pas seulement français autant par certains des événements qui l’ont précédé (en particulier les épisodes de la lutte des classes en Allemagne de la fin de l’été et de l’automne 2004) que par les répercussions de ce vote sur certains pays voisins ».
Alain Bihr dans sa contribution note :
« L’antilibéralisme, tel qu’il a pu se développer et se formuler au cours des dernières années au sein des mouvements anti-mondialistes ou alter-mondialistes, pour nécessaire qu’il soit, reste tout à fait insuffisant. Au mieux, il se transformera (c’est en fait déjà le cas) en vecteur d’un nouveau réformisme de caractère social-démocrate ; au pire, il risque d’affaiblir la résistance des opprimés en la nourrissant d’illusions. »
Quant à Gilles Deneux, il exécute la crise de la social-démocratie dans les termes suivants :
« L’huile de synthèse à laquelle ont eu recours les potentats du parti socialiste a également levé une hypothèse : il est vain d’espérer désormais transformer cet appareil électoral voué à la promotion d’élites disposées à favoriser, à moindre coût social, l’avancée de la mondialisation. Les derniers avatars de la dérive du SPD allemand en attestent. »
Le vote du 29 mai est un élément refondateur : pour ma part je ne sépare pas son expression formellement traduite dans l’idéologie de la gauche antilibérale en rupture avec la direction du PS ou de l’extrême gauche de son contenu naturellement anticapitaliste ; même sous le manteau de l’antilibéralisme, le vote du 29 mai veut dire : nous ne voulons plus vivre dans cette société qui détruit tous les acquis de la civilisation humaine ; est-ce une aspiration antilibérale ou anticapitaliste ? Où est la ligne de démarcation entre l’antilibéralisme et l’anticapitalisme ? Qu’un certain nombre de forces cherchent à cristalliser un nouveau réformisme est une chose, il faudra toutefois que l’on m’explique comment ce nouveau réformisme peut vivre et donner du grain à moudre dans le cadre de la crise actuelle.
Les acquis de civilisation ont été construits à l’issue de la seconde guerre mondiale entre le mouvement ouvrier et la bourgeoisie dite républicaine. En France, il prend la forme d’un compromis passé entre les différentes forces combattant le fascisme hitlérien, au sein du Conseil National de la résistance. Le programme du CNR est appliqué à la libération, comme élément de réconciliation nationale évitant la révolution (De Gaulle rencontre Staline durant l’hiver 1943) et la construction d’une société socialiste, mais en contrepartie garantissant au salariat des acquis et des droits sans précédents dans l’histoire sociale de ce pays. C’est ce contrat social qui est cassé aujourd’hui par la mondialisation capitaliste. Cela veut dire aussi que les forces politiques qui étaient en mesure de maintenir les positions du salariat dans les limites de l’appropriation privée des moyens de production et d’échange ne sont plus en mesure de le faire. C’est pourquoi je pense que la contradiction qui est posée dans le texte entre l’antilibéralisme et l’anticapitalisme relève de la métaphysique mais certainement pas de la pensée dialectique. Avons-nous mesuré les conséquences sociales et politiques qu’aurait une mesure d’abrogation de la loi Fillon sur les retraites par un gouvernement, fut-il issu de la majorité du PS ? Quel appel d’air pour le mouvement anticapitaliste ?
Notre génération politique s’est constituée dans une opposition frontale au gaullisme et aux institutions bonapartistes qu’il met en place en 1958. Certes mais nous avons souvent fait l’impasse sur le fait que le gaullisme s’est réellement constitué sur un contrat social, même si la grève générale de 1968 se fait contre le début de la remise en cause de ce contrat par le gaullisme lui-même. La mondialisation capitaliste place la bourgeoisie française dans la situation où elle n’a plus de solution bonapartiste de rechange : il faut nécessairement un programme social pour faire passer une solution de ce type. Du côté du mouvement ouvrier, elle ne peut plus compter sur son vieil allié, le PC et ses relais syndicaux : l’URSS a implosé, entraînant dans sa chute celle des partis de l’internationale stalinienne. Thibault se donne beaucoup de mal, mais cela ne suffira pas. On a vu la fragilité de la position de Thibault lorsqu’il se fait mettre en minorité au sein de son propre appareil sur la question du non au référendum. Quant à la direction du PS, malgré le rideau de fumée de la synthèse du Mans, le combat pour donner au vote du 29 mai un débouché et un contenu programmatique, est déjà le souci des militants de la gauche de l’organisation socialiste. Le climat de désarroi généré par la synthèse dans la tête des militants qui ont fait la victoire du 29 mai sous le drapeau du socialisme, a peu duré. Je m’attendais à une période plus longue. Cela repart dans la gauche du parti, d’autant que les éléphants vont maintenant se déchirer sur la perspective de la présidentielle de 2007. La brèche est là, on peut s’y engouffrer.
Par ailleurs je constate que dans ce texte programmatique de présentation, ni d’ailleurs dans les textes de contributions qui me sont parvenus, rien ne soit dit, sinon sous forme d’allusion rapide, sur une des premières conséquences sérieuses du vote du 29 mai en relation avec la situation de l’Allemagne et de la politique du SPD durant l’année 2004 : l’émergence d’une force politique nouvelle, le linkspartei, appuyée par des relais syndicaux puissants, à gauche du SPD. A l’échelle de l’Europe le champs politique s’ouvre, l’émergence de courants socialistes de gauche qui demain peuvent avoir une réalité dans le cadre du suffrage universel, est un élément important de la situation nouvelle créée par le vote du 29 mai en France. L’Allemagne n’a pas connu une situation de ce type depuis 1923 : la vague révolutionnaire générée par la révolution d’Octobre 1917 en Russie, avait créé dans ce pays une situation où le mouvement ouvrier avait cherché, dans trois situations révolutionnaires, à prendre le pouvoir ; un parti socialiste de gauche et le jeune parti communiste avaient émergé à gauche de la social-démocratie. Les mesure prises par le gouvernement Schröder en accompagnement de la mondialisation capitaliste a créé les conditions du développement d’une formation politique, qui modifie de manière significative la situation politique en Allemagne et en Europe. C’est une brêche pour l’Espagne, la Grande Bretagne et la France. Le mouvement anticapitaliste cherche à se donner une représentation... 9% de l’électorat ouvrier derrière le Linkspartei, c’est une force de nuisance considérable. Certes, pour donner quitus à François Chesnais sur ce point, le drapeau d’Oskar Lafontaine est très loin du trotskysme, mais il y a belle lurette que j’ai considéré que le label du trotskysme offrait une quelconque garantie sur ce que fait une organisation. Il y a le programme d’une organisation et ce qu’elle fait réellement dans la vie sociale... En tant qu’anciens de l’OCI, nous devrions être vaccinés contre le virus idéologique.
Je cite :
« les salariés et l’ensemble des couches du prolétariat, soit la majeure partie de l’humanité, se trouvent confrontés à l’échelle mondiale à une conjoncture historique marquée à la fois par l’extrême urgence avec laquelle il faudrait répondre à la montée vertigineuse de la barbarie capitaliste, et par un état, peut être sans précédent, d’impréparation politico-théorique pour le faire. »
C’est formellement juste, mais encore une fois abstrait sur le fond. Les modèles politiques qui ont à la fois structuré la domination de classe de la bourgeoisie, en l’occurrence le gaullisme, ainsi que les modèles qui structuraient le mouvement ouvrier, principalement le parti stalinien, vingt ans d’accompagnement des réformes libérales pour le parti de François Mitterand, ne sont plus en l’état de tenir encore longtemps la situation, d’autant que la crise du capitalisme a sa logique propre et ses exigences. « l’impréparation politico-théorique », certes la décomposition des vieilles organisations a fait des ravages, mais il faut observer que dans les processus même de décomposition, les germes de recomposition affleurent. Encore faut-il que les marxistes interviennent là où ils doivent se trouver, c’est-à-dire au cœur du mouvement ouvrier. La synthèse d’appareil imposée par l’appareil des solfériniens, de la même manière que la synthèse d’appareil opérée au sein de la gauche du PS entre Emmanuelli, le NPS, Dolez et Filoche, dépossédant les militants du non des fruits de leur victoire, a certes pesé dans les jours qui ont suivi le congrès du Mans. Mais les effets politiques profonds de la victoire du 29 mai sont à l’œuvre dans le pays, dans le salariat et donc dans le PS. Non, la fracture des 42% d’adhérents et de militants socialistes pour le non, n’a pas été résorbée. Les manœuvres d’appareil des solfériniens sont une chose, la chair et le sang du parti ce sont les militants, les petits élus locaux qui sont au contact de la misère sociale et qui ont fait les 42%... sans doute Gilles Deneux peut écarter cette réalité d’un revers de la main, en se félicitant que la synthèse du Mans neutralise très provisoirement la gauche du parti, mais comme dirait Galilée, « et pourtant,
elle tourne ! »

Nous n’en finissons pas de dire que nous tirons le bilan de l’histoire du trotskysme, sans réellement la tirer. « L’impréparation politico-théorique » est une formule qui ne place pas les petits appareils d’extrême gauche qui se sont installés dans une situation boutiquière et qui ne formulent aujourd’hui aucune alternative au centre de leurs responsabilités. Elle est historique et elle pèse sur la situation d’ensemble. Si le centre de gravité politique dans la période récente s’est à nouveau déplacé vers le Parti Socialiste, c’est en raison même du fait qu’il n’y a pas d’alternative du côté des organisations issues de la tradition « communiste », c’est-à-dire trotskyste. Léon Trotsky s’est battu, dans les années qui ont précédé le second conflit mondial, dans des conditions où il s’agissait de protéger l’expression de la continuité du courant révolutionnaire ; où les hommes et les femmes qui l’ont rejoint étaient menacés dans leur existence physique. Lorsqu’on est menacé dans ses conditions d’existence physiques, on prend des mesures d’organisation appropriées. Celui qui, par exemple, dans la résistance au nazisme aurait préconisé de combattre au grand jour, aurait été considéré par ses camarades comme un irresponsable, voire un provocateur. Les formes de l’organisation sont naturellement dépendantes des conditions de la lutte réelle. Je ne suis pas sûr, que, dans d’autres conditions historiques, celles de l’Europe occidentale dans la période de reconstruction, Trotsky aurait défendu les mêmes principes organisationnels. Souvenons-nous de la bataille acharnée menée sur la question de l’Espagne, pour que les marxistes entrent dans le parti socialiste de Caballero et dans les jeunesses socialistes...Ce qui est sûr c’est que le stalinisme a remporté une victoire, celle de la destruction du trotskysme à l’Est, et à l’ouest celle d’avoir rejeté le mouvement trotskyste sur les marges du mouvement ouvrier. Je pense que les organisations trotskystes, avec naturellement des histoires différentes, en ayant assuré la formation de milliers de cadres politiques et syndicaux, un capital considérable, ont été dans l’incapacité de sortir de cette situation de marginalité politique dans laquelle le stalinisme les avait fait entrer.
Alors la question du communisme : je formulerai là encore la même critique que sur la question de l’antilibéralisme et de l’anticapitalisme. Je cite :
« ... dans les conditions du début du 21ème siècle, il continue à être l’expression « d’un mouvement historique évoluant de lui-même sous nos yeux » La seconde série d’hypothèse porte sur la conviction qu’il n’y a pas d’autre levier du combat pour le communisme en dehors de l’autoactivité du prolétariat et des exploités au plan social, comme au plan politique te culturel. » précédemment il est écrit :
« ... le communisme (tout en sachant qu’il faut en redéfinir les conditions de réalisation et de contenu)... »

La référence au communisme posée de cette manière-là m’apparaît encore une fois comme formulée de manière abstraite. Pourquoi ? Pour nous qui avons situé les combats de notre jeunesse dans le sillage de la révolution d’Octobre 1917 et de ses conséquences sur l’histoire mondiale, le trotskysme ayant été le seul courant à comprendre les mécanismes sociaux et politiques qui ont amené le développement de cette monstruosité de l’histoire et le premier courant à l’avoir combattu, nous pouvons aujourd’hui en mesurer tous les effets. C’est un siècle de retard à l’échelle de l’histoire mondiale que le stalinisme a produit. C’est ainsi que la référence au communisme reste encore aujourd’hui dans les couches populaires, chez les intellectuels et dans celle des militants disons progressistes marquée par cette tâche indélébile au revers de la conscience humaine. Quel recul considérable de la conscience : au moment du centenaire du Manifeste Communiste, Trotsky disait, nous sommes en 1938, que ce texte fondateur faisait partie du prêt-à-porter idéologique de l’honnête homme... aujourd’hui, la référence formelle au concept de « communisme » ne fait pas du tout partie du prêt-à-porter idéologique de l’honnête homme. Sans doute le « communisme » reste pour moi le mouvement réel de la société cherchant à se libérer des formes capitalistes et le « combat des communistes » bien évidemment se différencie de toutes les autres fractions du mouvement ouvrier par le fait que les communistes formulent à chaque instant les intérêts du mouvement social dans son ensemble. Sauf qu’il reste manifestement à en définir le contenu concret.
Où passe le clivage politique aujourd’hui ? Entre réformistes et révolutionnaires ? les uns réformant de manière graduelle la société et les autres voulant une rupture frontale ? Sommes-nous dans les mêmes données politiques et stratégiques qu’au moment du congrès de Tours et de la construction de l’Internationale Communiste ? Bien évidemment, non. Même d’ailleurs Lénine à l’époque, contre la dérive gauchiste du jeune parti communiste allemand, ne posait pas l’alternative de cette manière : pour lui toute revendication réformiste arrachée aux possédants, réformiste en ce sens qu’elle ne remet pas en cause formellement le cadre de l’appropriation privée, est un point d’appui pour le combat révolutionnaire . Mais il semble que, globalement les courants d’extrême gauche posent les problèmes en ces termes de clivage réformistes-révolutionnaires. C’est s’interdire d’intervenir au cœur des processus de décomposition-recomposition. Le clivage passe aujourd’hui entre ceux qui pensent que le capitalisme a gagné la bataille (voir l’interview lumineux de ce point de vue de Michel Rocard à la fin de l’été 2005) : la fonction du projet politique démocrate en l’occurrence consistera à faire que les conséquences de la mondialisation soient le moins douloureux possible pour le salariat. Et il y a ceux qui, quelle que soit leur histoire syndicale ou politique, ont choisi la voie de résistance, celles et ceux qui ont construit le mouvement politique contre le Traité Européen. Là sont les forces vives d’un projet politique nouveau, dont l’expression consciente ne connaît pas pour l’instant de traduction.
Continuons sur le combat contre le Traité Constitutionnel Européen. Un processus politique, que nous n’avons pas connu dans ce pays depuis longtemps, a vu des milliers de citoyens discuter, élaborer, proposer, construire des collectifs, tenir meeting, diffuser dans les marchés et lieux publics leurs tracts et documents ... Les formes de ces collectifs ont été diverses. J’ai entendu dans nos réunions de Carré Rouge des militants dire que la cartellisation de ces collectifs était un obstacle... sans doute. Un mouvement politique de cette ampleur, qui voit des milliers d’hommes et de femmes arriver sur la scène de l’histoire mélange cette réalité avec celle du milieu traditionnellement organisé, partis, syndicats, associations. Comment peut-il en être autrement ? Il n’y a pas, à côté des vieilles organisations, un mouvement d’auto-organisation et d’auto-émancipation à l’état chimiquement pur. Cela n’a jamais existé, cela n’existera jamais. Cela me remet en mémoire une vieille discussion sur la révolution allemande, au moment de la naissance du KPD. Le courant gauchiste du KPD défendait le point de vue de conseils ouvriers ultraminoritaires, mais dirigés par le KPD. Les conseils ouvriers qui regroupaient les forces vives de la classe ouvrière étaient déclarés non-acceptables puisque dirigés par des sociaux-démocrates... Sans doute, le moment de la victoire passée, les appareils qui étaient co-organisateurs de ces collectifs, principalement le PCF, la LCR et PRS, se sont empressés de les conduire dans une impasse et de reprendre chacun leur stratégie d’appareils. C’est ainsi, et ce sera ainsi, tant qu’il n’y aura pas une force capable de lever les obstacles et d’ouvrir une perspective anticapitaliste. Il n’empêche que les citoyens, les salariés qui se sont mobilisés pour construire la victoire du 29 mai, ont été le plus loin qu’ils pouvaient, dans les conditions politiques où ils étaient placés : je ne vois pas d’autre mouvement d’auto-organisation et d’auto-émancipation que celui-là. Certes à l’intérieur de cadres, qui pour l’instant se sont avérés indépassables, mais c’est ainsi.
La dernière contribution de François Chesnais dit ceci :
« Je fais l’hypothèse également que si nous sommes déjà plusieurs à vouloir lancer ce travail ensemble à partir d’une conviction peu ou prou analogue, c’est que d’autres femmes et hommes, que nous ne connaissons pas encore, ont aussi commencé à y penser ou pourraient vite le faire. Et qu’ils pourraient donc se joindre à nous. Pourquoi ? Par ce que cette préoccupation correspond au moment actuel, aussi bien du point de vue du sentiment de l’urgence écologique et sociale qui taraude un nombre croissant de femmes et d’hommes potentiellement prêtes à s’engager ou se réengager, que celui exprimé par des révoltes où attente et désespoir s’entremêlent, ou encore du sentiment d’impasse, voir d’inutilité, de l’activité politique militante telle qu’elle a évolué sous l’emprise des appareils idéologiques dominants. »
Pour ma part je pense effectivement que le point le plus important de la réunion du 14-15 janvier réside dans la volonté de regrouper ceux et celles qui cherchent à développer une compréhension commune des événements et donc aussi, parce ce que nous sommes des militants et non des commentateurs de la vie politique, de ce qu’il conviendrait de faire ensemble. Nous partons d’une mosaïque éclatée : la dernière période historique, caractérisée par la décomposition du vieux mouvement ouvrier, a vu de nombreux regroupements, réseaux, associations politiques se former en dehors des appareils politiques, précisément parce que la logique où se trouvent les appareils électoraux, extrême gauche comprise, ne permet plus que la discussion politique sérieuse, en dehors des ambitions électorales des uns ou des autres, ait lieu dans le cadre des partis. Ainsi de nombreux militants socialistes ou communistes sont membres d’une organisation comme ATTAC, ou d’autres associations moins connues. En même temps ces associations ne trouvent plus aujourd’hui un second souffle : donc le mouvement naturel cherchant à regrouper les réseaux se manifeste et cherche la réflexion pour un débouché politique.
Je disais d’entrée de jeu que je n’avais pas d’ennemis chez ceux et celles, qui, cherchent lucidement une issue vers le socialisme, quelle que soit leur histoire et leur situation dans le champs politique actuel. Je n’oppose pas une logique d’extrême gauche à une logique de gauche. J’entends que les camarades qui mènent un combat au sein du PCF ou de la LCR pour une orientation de rassemblement antilibérale et anticapitaliste sont tout aussi honorables que ceux qui mènent ce combat au sein de la gauche du PS, et réciproquement. De même que ceux qui ont choisi à l’étape actuelle au sein d’une revue ou d’une association indépendante des appareils de mener ce combat : toutefois, pour avoir oeuvré durant 11 ans au sein de l’association Rassembler à Gauche, je pense que le fait de travailler à l’intérieur d’une des organisations du vieux mouvement ouvrier, donne une surface beaucoup plus importante aux idées que l’on peut défendre.
Sur la base de l’expérience de la Gauche Révolutionnaire, et au moment de l’exclusion des dirigeants des jeunesses socialistes en 1937 (il s’agissait de Fred Zeller et de ses camarades), Marceau Pivert écrivait ceci :
« Pour être un jeune socialiste en 1937, faudra t’il avoir adopté un catéchisme et juré de ne prendre contact avec aucune autre vérité ? Il y a des livres interdits, des fréquentations interdites, des sujets de discussion interdits, oui, mais chez les cléricaux, chez les conservateurs, chez tous ceux qui ont quelque chose à cacher aux jeunes générations. Chez des socialistes c’est impossible. A ces jeunes, il faut donner pour commencer, le goût de la vérité : ce que je porte en moi, je dois le dire aux miens, à mes compagnons de lutte, c’est ainsi que la science s’est formée, c’est ainsi que la révolution forge la victoire. Retenons le mot profond du grand libre penseur prolétarien Proudhon : « le socialisme par définition, fait confiance à la raison et à la libre investigation. » Nous faisons tous partie d’une vaste commission d’enquête qui fouille chaque jour tous les recoins de l’univers pour en maîtriser les forces naturelles(...) »
Aujourd’hui nous avons besoin d’un organisme qui permette justement « cette vaste commission d’enquête ». Je sais que l’expérience des organisations trotskystes, et particulièrement du lambertisme, conduit naturellement les camarades qui sortent de ce moule de rejeter l’idée même de parti, comme une scorie du 19ème siècle. Le siècle des guerres et des révolutions trahies ou vaincues a porté la plaie du stalinisme sur plusieurs générations militantes. Je comprends ce rejet du parti mais je ne partage pas cette position. Qu’est ce que le parti, du moins dans la tradition marxiste, sinon un cadre permettant « la compréhension commune des événements et des tâches ». Est-ce une formule du vieux qui aurait vieilli ? Je crois à la possibilité et à la nécessité d’un parti-réseau, permettant l’échange des expériences, la libre confrontation des points de vue. Dans cette mosaïque éclatée, ces dizaines d’associations et de revues qui sont le produit de la crise du vieux mouvement ouvrier, mais qui sont des germes de recomposition, il y a place pour une initiative. Encore faut-il, pour être productif, poser un cadre qui permette à tous ceux et celles qui ont la volonté d’œuvrer à une alternative anticapitaliste, d’y trouver leur place.

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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