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Révolution égyptienne

Le N° 32 du MILITANT du 6 février 2011 (http://www.le-militant.org/) publie un article sur l’ Égypte que vous pourrez aussi lire ci-dessous. L’analyse qui y est faite des évènements dont la place Tahrir est le cœur, mérite la lecture même si on peut lui reprocher un ton par moments un peu trop proclamatoire . Elle montre la force des processus d’auto-organisation et d’auto-émancipation dans ce lieu hautement symbolique qu’est devenue la place Tahrir. Il nous semble cependant qu’il est important de souligner aussi que c’est toute l’Egypte, et pas seulement Le Caire, qui est en ébullition pour mieux saisir la force de ce mouvement en cours. Ces processus qui ont été et sont toujours à l’œuvre en Tunisie, ont une portée internationale. Ils sourdent partout, y compris bien entendu en France. Nous nous interrogeons cependant sur la transposition des évènements égyptiens à la France qui est proposée et sur la projection du mot d’ordre « grève générale » sur le mouvement égyptien . Nous publierons une réflexion de fond sur cette question et d’autres qui lui sont liées dans le numéro de mars de Carré rouge. Mais d’ici là, il y aura peut-être des rebonds sur cet aspect de l’article du MILITANT sur ce site et sur d’autres.
Signalons également un long entretien très nourri de Gilbert Achcar avec Farooq Sulehria – Où va Égypte – en date du 4 février qui a été mis sur le site de A l’encontre (http://www.alencontre.org/). Aussi un court entretien de Nahla Chahal, coordinatrice de la Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) avec Cédric Durand sur le site de Contretemps en date du 6 février (http://www.contretemps.eu/)

Au rythme de la révolution égyptienne (Article du Militant n°32)

Que nul ne s’y trompe : depuis une semaine, les travailleurs du monde vivent au rythme de la révolution égyptienne. Levée populaire massive, grève générale, centralisation et concentration des forces contre le pouvoir, dans le but explicite de le renverser, mis en avant par les masses elles-mêmes, tirant les leçons de la première victoire, de la chute du Mur que fut le départ de Ben Ali de Tunisie : rien de tout cela ne laisse indifférentes les larges masses du monde entier, qui, peu ou prou, rapidement ou difficilement, perçoivent l’écho tunisien, égyptien, arabe, et y reconnaissent leur propre tempo, leur propre vague, ce vers quoi il faut aller.

Plus ce sera massif, plus ce sera rapide, partout, plus économe en violence et en vies ce sera !

Égypte et France, actualité de la révolution

En France, la leçon de Tunisie et d’Égypte nous renvoie en boomerang une histoire : 14 juillet 1789, 10 août 1792, affrontement avec l’armée en 1848, armement du peuple sous la Commune, grève générale en 36 et en 68 ... et ce que nous avons essayé, ce vers quoi ont tendu les mouvements de 1995, de 2003, de 2006, de 2010.

Voyons l’Égypte : pour le mardi 25, le mot d’ordre a circulé que "la révolution allait commencer", comme en Tunisie. Effectivement, la mobilisation de la jeunesse ce jour là a donné le coup d’envoi qui a réalisé le vendredi du peuple égyptien, le vendredi 28 où des millions déferlèrent, dans toute l’Égypte.

Sur cette base un nouveau mot d’ordre s’imposa, logiquement, naturellement, et il circula par bouche à oreille puisque le pouvoir avait fermé Internet puis les téléphones : le mardi 1° février, "jour du million" (le million qui fut dépassé au Caire, atteint à Alexandrie, dépassé dans l’ensemble de l’Égypte) tous ensemble contre le pouvoir, tous ensemble pour nos revendications et nos aspirations, tous ensemble pour chasser Moubarak, grève générale et rassemblement central contre le pouvoir.

C’est si simple, si clair, si net, si évident, et d’une certaine façon si facile : on s’y met tous, et on y va tous, contre le lieu, l’institution, le centre qui décide contre nous depuis tant d’années. En France cela avait bien marché ... en août 1792 ! Et à l’automne dernier ? N’avons-nous pas été contrariés dans notre mouvement naturel, squeezés, court-circuités, empêchés, croc-en-jambés, dessaisis, par nos propres organisations, systématiquement, méticuleusement, délibérément, à faire toujours et encore, jusqu’à tentative d’épuisement complet, l’inverse de cette démarche simple et gagnante : surtout pas tous ensemble, surtout pas tous en grève, surtout pas tous à Paris, surtout pas tous au même moment, surtout pas tous contre le pouvoir, surtout pas là où ça se décide, surtout pas au moment où ça se décide, surtout pas rapidement !
Oui, la stratégie spontanée des peuples tunisien et égyptien est celle du prolétariat, de la démocratie, de la victoire, c’est celle par laquelle, en France et ailleurs, nous pouvons gagner, c’est celle qui s’impose avec évidence quand on a une exigence et un adversaire, et n’est-ce pas notre cas ?

Voila la première leçon de la révolution tunisienne, de la révolution égyptienne, de la révolution arabe qui a commencé. La révolution, ce n’est pas un grand soir dans cinquante ans, c’est notre mouvement présent quand il se développe comme il le doit.

La bataille de la place Tahrir

Placée devant l’offensive générale et centrale -grève générale, manifestation centrale, exigence de départ de l’exécutif- menée par les masses égyptienne, l’épine dorsale mise à nue de l’État qu’est l’armée, a manœuvré pour éviter d’être disloquée par la fraternisation, qui avait commencé le vendredi 28 janvier. Car ici comme en Tunisie, le slogan "L’armée avec le peuple" porte deux significations opposées : celle de la fraternisation des manifestants et des soldats, ou celle de l’union nationale des chefs de l"’opposition" avec le corps des officiers pour sauver l’État capitaliste.

Les généraux égyptiens (dont Moubarak est le doyen, le recteur, le manager, le chef historique ...) ont fait savoir que, pour la journée du 1° février qu’ils savaient ne pas pouvoir empêcher, l’armée ne tirerait pas, tout en faisant tout leur possible pour tenir plus à l’écart que les jours précédents les soldats et la population. En même temps, Moubarak devait faire savoir que, comme il l’avait soi-disant toujours dit, il ne se représenterait pas aux présidentielles de septembre, ni son fils, et sitôt passé la journée du 1° février les appels à rentrer chez soi et au travail devaient se multiplier, assortis de dénonciations du "complot de l’étranger" et de provocations et de pressions contre la jeunesse manifestante. Le but : préserver l’appareil d’État et, surtout, préserver son cœur, l’armée.

La manœuvre a échoué, d’abord parce que les masses mobilisées, découvrant leur force, construisant leur dignité, ne veulent pas s’arrêter et que dés le mardi un appel était lancé, émanant lui aussi d’en bas, de partout, à ce que le vendredi suivant soit la "journée du départ" de Moubarak. Ensuite, les provocations et les pressions prirent, du fait du désarroi de l’appareil d’État et de la clientèle de Moubarak, une ampleur telle qu’elles ne pouvaient que susciter en retour la résistance physique et la contre-attaque des manifestants, de la jeunesse et de la classe ouvrière. Telle est d’ailleurs la seule et unique raison pour laquelle l’impérialisme nord-américain et la "communauté internationale" déplorèrent publiquement cette opération !

Pour clarifier les choses, une parenthèse est ici nécessaire sur la manière dont le journaliste occidental "moyen" rend compte pour ainsi dire automatiquement de ce qu’il voit, à travers les lunettes de ses préjugés. En effet, l’agression contre-révolutionnaire du 2 février fut présentée et probablement perçue par les journalistes occidentaux (qui furent souvent agressés par les hordes "pro-Moubarak") comme le début d’une "guerre civile" entre "deux Égypte", mensonge dont la fonction réelle est d’empêcher les travailleurs du monde de comprendre ce qui se passe. Les mêmes journalistes et commentateurs s’étaient d’abord attachés, depuis le début du soulèvement égyptien, à décrire les manifestants comme la "jeunesse Facebook" par opposition aux "masses arabes profondes". Cela, ce fut du mardi 25 au vendredi 28.

Puis, ce jour là, les larges masses entrèrent en scène et la première image fut démentie, remplacée par celle des prières publiques de manifestations à prépondérance masculine. Ces images occultaient cependant la réalité : les hommes qui prient, les femmes voilées, les femmes non voilées, les ouvriers, les chômeurs, les artisans, les vieux, les jeunes, les coptes, les athées, les indifférents en matière de religion, se trouvaient tous ensemble et le savaient, l’appréciaient, s’en félicitaient, en éprouvaient un bonheur croissant. Les images de prières montrent aussi la présence de personnes qui ne prient pas, et le respect mutuel entre les uns et les autres.

Mais à partir du mercredi 2 février, les journalistes découvraient soudain la "deuxième Égypte" censée être xénophobe, attachée au culte du chef, et incarner ce vilain peuple qu’ils avaient d’abord cru ou voulu absent des manifestations, puis eu peur de voir dans les mêmes manifestations, avec en arrière-plan, bien sûr, l’épouvantail "islamiste". La conviction chevillée aux tripes de l’existence de "masses arabes" dangereuses croyait voir son fantasme et répandait le mensonge d’une guerre civile "entre deux Égypte".

Car, si mensonge il y a, ce n’est pas dans les termes de "guerre civile" : oui, il y a eu et il y a guerre civile, entre la nation et l’État, entre le peuple et la police, entre les dominés (jusque là) et les dominants. L’allure et la composition "populaire" des bandes pro-Moubarak lâchées le 2 février se retrouvent dans l’histoire : les pauvres avinés dressés et lâchés par la police tsariste contre les Juifs dans les pogroms d’il y a un siècle étaient en partie les mêmes. Tous ces ahuris ne sont cependant pas des pauvres, loin de là. La police en uniforme a disparu en Égypte et elle est là, tout simplement, en civil (et tout aussi armée). La police, ce sont quelques centaines de milliers d’individus qui, depuis des décennies, font peur au reste de la population qui sait qu’on peut être agressé, volé, torturé et violé par eux : la quintessence de ce qu’est, au fond, ou tend à être, toute police de l’État capitaliste.

Évidemment, cette vermine aujourd’hui a peur de subir le sort qu’elle mérite. Avec elle, il y a la clientèle de moyens fonctionnaires obéissants, les membres du parti au pouvoir qui sont en gros les mêmes, et la pègre : les baltaguiya, chefs mafieux du trafic de cannabis, avec leurs nervis, leurs clients et leurs serviteurs, en relation d’affaires et de racket avec d’autres secteurs de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie moins en pointe, les milieux du bazar, le petit et moyen patronat, le milieu de l’import-export et les hôteliers qui en cas de victoire de la contre-révolution se satisferaient du retour à la "normale". Ces deux aspects -la structuration policière et le lien avec une bourgeoisie marchande et pour partie mafieuse- se retrouvent dans les milices d’État iraniennes, les Bassidjis qui ont réprimés la poussée révolutionnaire de la jeunesse en Iran l’an dernier. Ce sont donc des troupes structurées par les flics et les baltaguiyas qui ont agressé en masse les occupants restés sur la place Tahrir le mercredi 2 février, certains avec leurs chevaux et leurs dromadaires d’opérette. Or, passée la surprise initiale et le constat des manifestants que, si les soldats sympathisent, les officiers ne font pas du tout en sorte que "l’armée protège le peuple", ils ont trouvé à qui parler.

De la bataille de la place Tahrir à la commune de la place Tahrir

A la grande terreur d’Obama, Sarkozy, Hu Jintao ou Netanyahou, le vrai résultat du lâcher de la racaille contre-révolutionnaire dans les rues du Caire a été d’y consolider la révolution. La place Tahrir, comme la place Tien-An-Men à Pékin en 1989, est devenue le lieu d’une sorte de "commune" - nous pouvons bien employer cette expression quand c’est Le Figaro qui titre, non sans inquiétude, sur la "république libre de la place Tahrir" !

Un centre d’auto-organisation populaire et révolutionnaire, avec ses groupes de combats comportant des femmes, ses stands des partis et groupes politiques, son service de ravitaillement, son service de nettoiement et d’entretien (pendant que les bandes de l’appareil d’État tentent d’incendier le musée du Caire pour faire croire que "les étrangers" foutent le feu aux momies !), ses lieux de prières musulmane ou copte, ses forums, ses cafés, son service d’alerte de guetteurs tapant sur des bidons, ses génératrices électriques pour faire tourner les ordinateurs, sa presse naissante, son hôpital, ses volontaires médicaux de tous âges venus parfois de très loin, et sa prison où sont conduits les flics et les baltaguiyas capturés, identifiés, photographiés, protégés du lynchage, recevant notification des faits qui leur sont reprochés, alignés, torse nu, leurs titres de flics, mouchards ou tortionnaires écrits au feutre sur le ventre ...

Parallèlement à l’affirmation de fait d’un pouvoir venu d’en bas place Tahrir, un Comité constituant pour une centrale syndicale indépendante de toute l’Égypte a vu le jour, groupant des associations indépendantes d’enseignants, de techniciens de la santé, d’employés avec des groupes d’ouvriers du textile, et exige le droit au travail et l’indemnisation du chômage, un salaire minimum de 150 euros et un salaire maximum de 1500, la liberté syndicale, la libération de tous les emprisonnés politiques ou grévistes et la destruction des "syndicats" officiels. Voila le mouvement, voila le fondement qui a remporté une nouvelle victoire contre l’agression par les bandes fascisantes de la police et de la pègre, réalisant le vendredi 4 février, à nouveau, le rassemblement au grand jour de millions d’égyptiens, au Caire et dans tout le pays !

L’impasse de ceux d’en haut : pas moyen de partir, pas moyen de rester, il leur faudrait un massacre ...

A l’heure où sont écrites ces lignes (samedi 5 février) les manifestants encerclent les chars pour leur demander ... de ne pas se retirer. Il semble en effet que les généraux veulent soit faire partir l’armée du pourtour de la place centrale du Caire, ce qui pourrait vouloir dire la livrer à une attaque des bandes pro-Moubarak, soit renouveler les effectifs, les présents étant largement "contaminés" (sur la plupart des chars sont écrits des appels au départ de Moubarak).

Le départ de Moubarak est considéré comme acquis par tous les commentateurs (et même par l’intéressé !) et pourtant il ne se fait pas. Pourquoi ? D’un côté, son maintien exaspère le peuple et entretient la mobilisation, mais de l’autre, son départ sera -à juste titre- salué comme une immense victoire, et plus il tardera, plus il sera salué comme le triomphe du peuple et de personne d’autre, ni la "communauté internationale", ni les chefs de l’armée. Entre la peur que son maintien n’alimente le feu de la révolution, et la peur que son départ en libère toutes les vannes, les grands de ce monde et leurs agents sont coincés. Il ne peut ni partir, ni rester ! Impasse remarquable, qui illustre l’impasse de ceux d’en haut dans ce monde qu’ils mènent à la catastrophe : ceux d’en haut ne peuvent plus. Pourtant, les alternatives bourgeoises à Moubarak sont connues et présentes. El Baradei, Amr Moussa, les généraux, et des secteurs des Frères Musulmans sont prêts à une "transition" qui exclurait naturellement, comme leurs confrères essaient de le faire en Tunisie, toute élection à une assemblée constituante réellement souveraine. Et tous ces gens là ne sont même pas mal vus des manifestants, pleins d’illusions ou en tout cas sans a priori sur eux, à ceci près qu’ils décident et agissent par eux-mêmes ...

Plus encore qu’en Tunisie, il y a pléthore en Égypte d’ "hommes compétents et responsables", connectés avec Washington, Londres et Tel Aviv quelles que soient leurs professions de foi nationalistes, pour assurer une "relève". Mais la révolution a commencé, elle a largement détruit la police et elle a ébranlé l’armée, elle tient la rue et elle paralyse la production. Garder un Moubarak de plus en plus impuissant c’est la voir grandir. Le remplacer par la relève bourgeoise, qui est là, qui est pourtant tout à fait prête et fin prête, c’est aussi la voir grandir. Cette impasse s’exprime dans les propos sibyllins des Obama et autres Sarkozy envers lesquels il faut vraiment toute la malhonnêteté naturelle et spontanée du journaliste occidental moyen pour être convaincu et tenter de nous convaincre qu’ils "défendent la démocratie" et préconisent le départ de Moubarak ! Bonne leçon pour la France et ailleurs : on entend parfois, et c’est d’ailleurs une discussion légitime, qu’il ne faut pas "polariser sur Sarkozy", qui n’est qu’un prête-nom, mais sur le système et le régime. Certes : mais l’Égypte montre très bien que c’est en se polarisant contre le pouvoir exécutif et la personne qui l’incarne que le régime et le système sont ébranlés et menacés.

La solution qui aurait convenu à l’ordre mondial, c’est l’écrasement, c’est le bain de sang -et c’est pour cela que même au stade présent on ne doit pas exclure des tentatives d’y arriver. Remplacer Moubarak "dans la dignité et l’honneur" comme ils disent, ne leur pose techniquement aucun problème. Mais le faire maintenant ... c’est bien malgré eux faire sauter le verrou, le verrou contre la révolution de la Mauritanie au Yémen. Voila leur problème !

Révolution égyptienne, révolution arabe, révolution mondiale

Sauf à tenter le bain de sang -attention, ils sont capables d’essayer, nul doute que cela se discute en petit comité- ils n’auront sans doute pas le choix. Or :
- il y a des dizaines de milliers de manifestants à Sanaa au Yémen ;
- des appels à en découdre avec le régime circulent en Syrie ;
- le Hamas à Gaza ne semble pas rassuré, qui a interdit des manifestations de soutien à la révolution égyptienne (les dirigeants du Hamas et Netanyahou s’avèrent bien proches !) ; et cela se produit après que le Fatah ait été, de son côté, déconsidéré par les publications de Wikileaks, al Jazeera et le Guardian montrant jusqu’où sont allées leurs offres de collaboration aux dirigeants d’Israël ;
- en Libye, Khadafi doit surveiller deux frontières en plus de son propre peuple ;
- le roi de Jordanie a remplacé son premier ministre, et tout demeure comme avant, ce qui renforcera dans le peuple le sentiment que le problème n’est pas le gouvernement, mais le roi lui-même ;
- le Maroc est parcouru de rumeurs sur des déplacements de troupes du Sud Sarahoui vers Casablanca en prévision d’éventuels mouvements de masse ;
- des manifestations ont éclaté à Khartoum alors que le régime islamiste vient de s’entendre avec Washington sur la sécession du Sud ;
- en Algérie, les mouvements de la jeunesse, les grèves dans l’industrie et le secteur de la santé, les discussions dans la presse oppositionnelle, posent avec une insistance croissante la question d’une manifestation générale et centrale pour la liberté, à Alger : après le 9 février, il est question du 12. L’existence de partis d’opposition liés à l’appareil d’État, comme le RCD mais aussi comme le PT de Louisa Hannoun, est ici un obstacle, qui sera balayé si une mobilisation à la tunisienne ou à l’égyptienne, qui se cherche, éclate par en bas : alors celle-ci affrontera le vrai dictateur collectif et racketteur du pays qu’est la Sécurité militaire.
- en Tunisie la révolution continue, les affrontements se multiplient dans le pays entre classes sociales et entre les organisations des habitants et des travailleurs de Sidi Bouzid ou Kasserine et un appareil d’État qui tente de se re-déployer pour interdire toute élection réellement libre et dissoudre les comités populaires. Le 28 janvier, la police est réapparue, elle a tué à Tunis dans le soudain retour au silence du journaliste occidental moyen, dispersant les manifestants venus du fond du pays pour imposer un pseudo gouvernement de rupture avec Ben Ali, conduit par son ancien premier ministre. Le lundi 31, les milices de l’ancien régime, devenue celles du prétendu nouveau, ont attaqué écoles et lycées à Sfax. Des fausses rumeurs circulent en abondance, sur les islamistes, des actes antisémites non avérés, etc. Nous citerons cette phrase d’un tunisien dans la chronique d’Alma Allende, datée du 1 février : "On ne peut parler de révolution que si à un moment donné tout le peuple sort dans la rue pour faire une grande fête. Les victoires se fêtent et si on ne le fait pas, c’est qu’il n’y a pas eu de victoire. Nous n’avons rien pu fêter dans la rue, même pas l’expulsion de Ben Ali. Et cela signifie que nous n’avons pas encore gagné."

Tout est dans les mots de ce camarade : "pas encore". N’en doutons pas : les masses tunisiennes sont celles qui, depuis une semaine, ont toutes leurs pensées tendues vers la place Tahrir. La bataille de la place Tahrir, c’est leur bataille. Oui, ni au Caire, ni à Kasserine, nous n’avons encore gagné.

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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