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La luttes des travailleurs sans papiers

La lutte des travailleurs sans-papiers

Nous mettons en ligne deux bulletins qui rendent compte de la lutte des travailleurs sans-papiers. Cette publication permettra à ceux qui lisent régulièrement Carré rouge de faire le lien avec les articles de notre numéro 41, daté de juin 2009, constitués d’un entretien avec Sissoko Anzoumane, le coordinateur de la Coordination des Sans-Papiers 75, et d’une réaction « à chaud » à l’expulsion de la Bourse par la CGT le 24 juin 2009.

La mise en ligne du numéro 13 du Journal de la Bourse occupée, paru le 7 juillet 2009, c’est-à-dire il y a un peu plus d’un an, peut paraître curieuse. Mais, à l’occasion de la parution du numéro unique du Journal de Baudelique occupé, nous avons appris que ce numéro 13 n’avait pas été mis en ligne, ni sur le site du Quotidien des sans papiers, où les 12 numéros précédents sont toujours consultables (ils sont également téléchargeables en pdf sur http://bourseoccupee.free.fr) , ni où que ce soit ailleurs. Il nous a donc paru important de le publier, d’autant que l’article de la page 2 « la voix des femmes » amorce, dans le feu de l’événement, la réflexion sur les contradictions du mouvement dont traite largement le deuxième document, paru le 5 août de cette année.

Parus entre le 28 juin 2008 (soit 58 jours après le début de l’occupation) et le 1er mai 2009, les 12 premiers numéros du Journal de la Bourse du Travail occupée ont été, outre une source appréciable de financement pour la coordination 75 des sans-papiers qui les vendait sur les marchés et dans toutes les manifs, un instrument indispensable pour tous ceux qui voulaient comprendre ce qui se passait dans cette nouvelle phase du mouvement des sans-papiers. Conçus et réalisés par un rédacteur-militant, tous les numéros reproduisaient dans leur intégralité les documents importants (communiqués, tracts, déclarations, etc.) des uns et des autres au fur et à mesure que la situation évoluait. On y trouvait aussi des comptes-rendus précis des entrevues (avec la Préfecture pour le dépôt des dossiers, avec la CGT ou les associations traditionnelles de « soutien » aux sans-papiers, etc.), des grèves ou manifestations de la période. Mais surtout on y entendait au jour le jour, dans les principales rubriques « La voix des délégués », « La voix des femmes » ou des interviews ponctuelles, avec un soutien ou Sissoko par exemple, les pensées et réflexions des acteurs de l’occupation.

Sous le titre « Ils font la guerre aux sans-papiers », le treizième numéro de la série rendait compte, selon le même principe (communiqués, déclarations, interviews, témoignages, prises de position des uns et des autres, etc.) de l’expulsion violente des sans-papiers par une cinquantaine de membres du service d’ordre de la CGT. Malgré un « Appel à témoins » pour alimenter le numéro suivant annoncé en bas de la deuxième page, il n’y eut jamais de numéro 14 du Journal de la Bourse du Travail occupée. Les modalités de la prise de décision de quitter l’occupation du boulevard du Temple, la poursuite de cette occupation par une centaine de sans-papiers, puis celles de l’installation dans les locaux désaffectés de la CPAM, rue Baudelique dans le 18e arrondissement, avaient mis à jour de nombreuses contradictions qui empêchèrent la parution de ce numéro 14 en partie déjà rédigé.

Toutefois, à l’occasion de la décision de la CSP 75 de mettre fin à cette occupation le 7 août 2010, il a semblé important au rédacteur mentionné de faire paraître le 3 août un numéro unique sous le titre Journal de Baudelique occupé pour laisser une trace écrite de cette nouvelle lutte qui aura duré elle aussi un an. « C’est un cycle de luttes qui se clôt avec cet acte de la CSP 75. Un cycle qui avait commencé le 2 mai 2008 avec l’occupation de la Bourse du Travail de Paris, et qui aura duré en tout deux ans et trois mois. » Tel est le constat que l’éditorial fait d’entrée de jeu.

L’éditorial dit aussi avec des mots très clairs ce que vivent les travailleurs et leurs familles : « s’agissant de sans papiers, aujourd’hui en France, ce mot, régularisation, n’est pas qu’un mot, c’est un drame humain, et ce n’est qu’en complément qu’il définit aussi une démarche administrative. Ce mot est comme un monstre fabuleux, un mur, mais fait de chair et de sang, et en haut duquel se perche cet être monstrueux qui se nourrit de leur substance d’êtres humains, l’idée fixe de la régularisation. Ce que savent trop bien les cerveaux de la préfecture, quand, loin de reconnaître un quelconque droit, ils font leur habituel marchandage : ‘partez, et en échange l’on vous promet la possibilité d’un octroi d’un certain nombre (très insuffisant) de régularisations’ ». Et de répéter la même chose de rendez-vous en rendez-vous. « Ils savent qu’ils tranchent à même la chair vive ». Leur but est de nourrir le découragement et de pousser les travailleurs et leurs familles au désespoir, à la division, et à l’affaiblissement de la lutte.

D’où l’extraordinaire dignité des 11 pages qui suivent où Sissoko, coordinateur de la CSP 75, explique la décision prise d’évacuer Baudelique et où il tente un bilan de l’année écoulée. On y entend à nouveau la voix des femmes, celle des délégués et des soutiens, mais aussi celle des collectifs du « Ministère de la régularisation de tous les sans-papiers » et des « dissidents ». Un compte-rendu de la « réunion unitaire » du 21 juillet esquisse des réponses à la question « Où va la CSP 75 ? ». Le journal se termine par l’article « Après le ‘Paris-Nice’ des sans-papiers, pourquoi pas le ‘Tour de France’ ou le ‘Paris-Dakar » des sans-papiers ? ». L’extraordinaire envolée de cette courte évocation à deux voix de la marche de mai dernier traduit les réserves de combattivité que nourrissent l’auto-organisation et l’auto-activité des travailleurs face à l’oppression, l’arbitraire et les humiliations.

Dans la brève colonne intitulée le « Dérivatif Raymond Chauveau », le Journal de Baudelique occupé évoque le fléau que constitue l’action de la CGT pour l’unité du mouvement en région parisienne. On sait que pour contrecarrer les réactions militantes très négatives qui ont suivi l’expulsion de l’annexe du boulevard du Temple, la CGT a lancé à l’automne 2009 les travailleurs sans-papiers prêts à la suivre dans une grève. Elle s’est avérée une expérience terrible pour celles et ceux qui ont cru en la parole de la CGT. L’histoire en est racontée avec un degré élevé de détail sur un site très utile. Il s’agit en fait de l’un des sites les plus importants sur l’orientation de la CGT et les impasses et trahisons qu’elle fait connaître aux travailleurs sur toutes les questions : http://ouvalacgt.over-blog.com/

A la suite des deux bulletins du combat de la CSP75, nous publions donc des extraits d’articles qu’on peut lire in extenso sur le site « Où va la CGT ? ».

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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