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Quelques "thèses"

Voici en style télégraphique quelques « thèses » pour aider à préparer et lancer la discussion.
Thèse 1. La faiblesse voire l’impuissance des réactions du prolétariat et, plus largement, du salariat à l’offensive générale que les forces personnifiant le capital (soit les capitalistes et les gouvernement à leur solde) tient, entre autres raisons, à l’absence de tout projet politique global capable de fournir une alternative crédible au capitalisme. Dans les conditions actuelles, une stratégie purement défensive, cherchant à maintenir l’existant (en gros, les acquis antérieurs des luttes), est nécessairement vouée à l’échec. Il est donc urgent de travailler à la reconstruction d’une pareille alternative globale au capitalisme.
Thèse 2. L’antilibéralisme, tel qu’il a pu se développer et se formuler au cours des dernières années au sein des mouvements anti-mondialistes ou alter-mondialistes, pour nécessaire qu’il soit, reste tout à fait insuffisant. Au mieux, il se transformera (c’est en fait déjà le cas) en vecteur d’un nouveau réformisme de caractère social-démocrate ; au pire, il risque d’affaiblir la résistance des opprimés en la nourrissant d’illusions. En un mot : il ne suffit pas de déclarer que « le monde n’est pas une marchandise » et de protester contre le devenir-marchandise du monde ainsi que contre le devenir-monde de la marchandise. Il faut encore lutter contre les rapports de production qui opèrent cette marchandisation universelle et qui ne sont autres que les rapports capitalistes de production aujourd’hui en cours de transnationalisation.
Thèse 3. Avec la transnationalisation du capital, nous sommes entrés dans une nouvelle phase historique de la lutte des classes qui rend possible mais aussi nécessaire une remise en cause des divisions et clivages politiques et idéologiques hérités des phases antérieures du mouvement ouvrier. Tout simplement parce que la phase nouvelle rend caducs (bien que de manière différentielle et inégale) tous les modèles de transformation sociale précédemment élaborés au sein ou en marge de ce mouvement. Elle en manifeste les insuffisances et, du même coup, elle relative leur opposition.
Elle rend donc possible des convergences et des coopérations auparavant improbables voire impossibles entre individus, groupes, organisations, tendances issus de traditions du mouvement ouvrier qui s’étaient jusqu’alors au mieux ignorés, quand ce n’est pas sévèrement combattus. A la condition évidemment que ces derniers fassent leur le constat précédent de cette caducité (au moins relative) de leurs modèles antérieurs et qu’ils acceptent du même coup d’entretenir un rapport critique à leur propre tradition. Notre propre rencontre doit en apporter la preuve en acte.
Thèse 4. Ces convergences peuvent et doivent se réaliser autour d’une réaffirmation de l’actualité du communisme. Par communisme, il est ici entendu :
-  une société fondée simultanément sur la socialisation de l’intégralité des moyens sociaux de production, sur la planification démocratique de la production sociale, de manière à satisfaire l’intégralité des besoins sociaux, et sur l’autogestion des unités de production dans ce cadre socialisé ;
-  une société dans laquelle l’administration de la puissance sociale (au sens de la capacité de la société à agir sur elle-même : de se donner à elle-même ses propres finalités, ses propres règles d’organisation et de fonctionnement et ses propres modalités de contrôle) prenne, aux différents niveaux de l’organisation sociale, la forme d’organes de délibération et de décision associant l’ensemble des membres concernés par les décisions à prendre et excluant la monopolisation de celles-ci par une minorité ;
-  une société par conséquent libérée de ses rapport d’oppression que sont le capital et l’Etat ainsi que tout leur appareillage, société dans laquelle il a été mis fin par conséquent à la division de la société en classes sociales tout comme à celle entre gouverneurs et gouvernés ;
-  une société où le libre développement de chacun, sur tous les plans, est la condition du libre développement de tous et réciproquement ;
-  une société par conséquent dans laquelle l’humanité est réconcilié avec elle-même tout comme réconciliée avec la nature qui constitue la condition matérielle fondamentale de sa reproduction.
Thèse 5. Cette actualité du communisme doit d’abord être défendue en référence à l’étendue et à la profondeur des contradictions actuelles du capitalisme et des crises dans lesquelles ces contradictions s’affirment mais aussi des potentialités de transformations sociales qu’elles ouvrent. Elle se manifeste en particulier dans :
-  la crise écologique, d’ampleur planétaire et de portée potentiellement catastrophique, qui manifeste le vampirisme du capital, sa tendance à détruire ses propres conditions naturelles et sociales de valorisation (la terre et le travail) ; mais aussi le degré aujourd’hui atteint par la contradiction entre la socialisation des forces productives (dont les richesses naturelles, sous toutes leurs formes, sont partie prenante) et l’appropriation privative dont elle font l’objet sous forme du capital ;
-  l’aggravation des inégalités de développement entre continents, sous-continents, nations, régions au sein de la nouvelle phase du devenir-monde du capitalisme, notamment impulsée par les capitaux industriels et financiers transnationaux, qui étend considérablement l’échelle de la reproduction immédiate du capital, partant gonfle les rangs du prolétariat mondial, y compris de sa part inemployée (l’armée industrielle de réserve), en vouant des milliards d’individus à la pauvreté, la misère et la marginalité sociale, en les excluant non seulement des normes dominantes de la vie sociale mais même de l’humanité tout court ; alors que, à l’autre pôle, continue à s’accumuler la richesse sociale et surtout des moyens de plus en plus performants de production de cette richesse, capable de libérer l’homme de l’antique emprise du besoin et de l’archaïque nécessité de travailler ;
-  la ‘mondialisation’ (en fait la transnationalisation) du capital et du capitalisme en tant qu’elle tend à abolir les anciennes divisions politiques et culturelles de l’humanité (sa division en Etats-nations et en aires civilisationnelles), non sans provoquer des crispations identitaires en réaction ; et que, du même coup, elle jette les bases de la constitution de l’humanité (du genre humain) en communauté politique ;
-  la socialisation de plus en plus contradictoire des individus : leur ouverture grandissante (de plus en plus large et de plus en plus précoce) sur l’ensemble du monde, qui met à leur disposition potentiellement toutes les cultures du monde, passées aussi bien que présentes, qui en fait donc de plus en plus concrètement le produit de l’humanité toute entière, dans son développement actuel tout comme dans son héritage historique ; ouverture qui entre simultanément en contradiction avec l’expropriation non moins grandissante des individus à l’égard de la maîtrise de leurs conditions matérielles, institutionnelles et culturelles d’existence, qui les prive tendanciellement de toute faculté à se construire une identité stable, à communiquer avec les autres et à participer à la construction du monde, en les privant donc d’une partie (plus ou moins) importante de la richesse potentielle précédente.
Thèse 6. Mais l’actualité du communisme doit aussi être défendue en référence aux défis et aux potentialités actuelles de son principe subjectif : l’auto-activité du prolétariat. Plus que jamais, il importe de proclamer que « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Proclamation dont nous n’entendons pas faire une prophétie pour d’hypothèques lendemains enchanteurs, mais un fil rouge pour démêler l’écheveau des contradictions et des difficultés dans lesquelles se débattent aujourd’hui mêmes les travailleurs partout dans le monde. Il apparaît en effet que :
-  tous les modèles de soi-disant socialisme basés sur un rapport substitutiste d’une élite éclairée, auto-proclamée « avant-garde du prolétariat », à l’ensemble de ce dernier, ont échoué à émanciper celui-ci, en parvenant au mieux à alléger le poids de l’oppression capitaliste sur certaines de ses fractions nationales (dans les Etats centraux), conduisant au pire à reconduire l’oppression capitaliste sous de nouvelles formes ;
-  dans la phase actuelle de la lutte des classes, les travailleurs ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes pour se défendre face à l’offensive générale que le capital a lancée contre eux, y compris pour préserver les acquis de l’ancien réformisme social-démocrate, tant ce qui reste des organisations syndicales et politiques de l’ancien mouvement ouvrier sont intégralement devenues des rouages de l’ordre capitaliste, qui rivalisent aujourd’hui dans l’art et la manière de leur faire accepter l’aggravation de leur propre condition de dominés ;
-  dans le contexte actuel de crise structurelle du capitalisme, ce dernier est conduit à exclure une part grandissante du prolétariat de son propre procès de reproduction, donc à le marginaliser économiquement et socialement, y compris dans sa fonction d’armée industrielle de réserve ; et, par conséquent, c’est pour leur propre survie immédiate que des pans de plus en plus importants du prolétariat ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes ;
-  à quoi s’ajoute que, pour assurer se propre reproduction, le capital cherche aujourd’hui à se subordonner directement, en les transformant en autant de champs et d’opportunité de valorisation, des moyens sociaux de consommation (équipements collectifs, services publics), en les dépouillant des formes de propriété collective (coopérative, mutualiste, étatique) pour les faire entrer de force dans les formes de l’appropriation privative (de la propriété privée marchande), ce qui va d’ailleurs entraîner l’exclusion d’un nombre grandissant de travailleurs e leur bénéfice ;

-  ainsi, de multiples manières, se pose la nécessité mais s’ouvre aussi la possibilité d’une réappropriation, par les travailleurs d’ores et déjà exclus ou en passe de l’être, de moyens de production et de moyens de consommation, selon une logique communiste (au sens précédemment entendu).

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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