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Ni plus, ni moins

Nous avons décidé d’animer le site de Carré rouge pendant ces mois de "campagne" en publiant chaque semaine (ou chaque 15 jours) une série de textes plutôt courts, signés de leurs auteurs, afin de ne pas faire porter à chacun la responsabilité de parler au nom de la revue.

625 milliards. 625 milliards de dollars. Un record. C’est le montant des dépenses militaires que réclame Bush au Sénat à majorité démocrate. Annonçant cette nouvelle en première page, le Figaro précise : « La guerre en Irak fin 2008 aura coûté aussi cher à l’Amérique que la guerre au Vietnam »... C’est évidemment en sabrant dans les budgets « sociaux » encore existant que le président américain entend -et va- obtenir cette somme colossale. C’est par la sueur et le sang de la jeunesse, les plus pauvres, les nouveaux immigrants que cette note barbare sera acquittée. Mais ce n’est pas tout. S’il faut en croire les principaux éditorialistes de la presse américaine, le Pentagone, à la demande répétée de Georges Bush, se prépare à... attaquer l’Iran. (Lire le numéro spécial de Courrier International). Si elle intervient, cette attaque aura sur toute la région des conséquences militaires, politiques, sociales considérables. L’approvisionnement en pétrole de tous les grands pays industrialisés n’étant pas la moindre...

C’est en réfléchissant à l’état du monde que nous inaugurons une tribune libre consacrée à la campagne électorale présidentielle française. L’élection se présente sur un plan médiatique à l’image de ce que nous avons vécu lors du référendum sur le projet de Traité européen. La presse, les radios et télévisions font bloc pour valoriser, mettre en avant le candidat « naturel » de la bourgeoisie, Nicolas Sarkozy. Ce matraquage insensé conduit les grands électeurs que sont les « vedettes » des quotidiens, magazines et émissions politiques -sans oublier les émissions de variétés !- à organiser un véritable bourrage de crâne ; c’est proprement stupéfiant ! Des rafales de sondages se succèdent. Les pronostics sont répétés, l’élection est jouée ! Mais la réalité des classes sociales, des forces politiques perdure. La vérité politique se fraie son chemin. Ainsi un sondage d’opinion qui n’a fait l’objet d’aucune publicité (cinq lignes dans le Figaro...) indique que 63 % des Français ne font confiance ni à la droite, ni à la gauche1 pour gouverner le pays.

Avec retard sur la plupart des pays européens, la France entre de plain pied dans la jungle de la mondialisation, avec son lot de délocalisations, de précarité, de petits boulots, de chômeurs à vie, d’assistés sans assistance, de remise en cause de toutes les conquêtes sociales. L’opinion publique, les salariés en tête, oscillent entre angoisse et désespoir. De quoi sera fait demain ? C’est dans cette situation tendue que l’élection aura lieu. Les candidats-propriétaires, Sarkozy, Bayrou, Royal, Le Pen (l’estimation de leur patrimoine est particulièrement savoureuse) proposent tous de « s’adapter » à la mondialisation, à commencer par l’élaboration et l’adoption d’un nouveau traité européen. Ce n’est pas nouveau.

Lionel Jospin, lors de l’université d’été du PS, amorçant une autocritique (!), déclarait regretter de ne pas avoir réformé le système des retraites... Sur ce point, et pas seulement, la candidate socialiste « réformera » à tout va.
Le prix de « l’ordre juste » devra être acquitté d’abord par les salariés, les chômeurs, les « invisibles ». Et cependant, et malgré cette évidence, les salariés dans leur grande majorité voteront pour se débarrasser de l’adversaire le plus cohérent, le plus dangereux à leurs yeux : Nicolas Sarkozy. C’est lui qui incarne la politique réactionnaire menée par les gouvernements Raffarin-Villepin. Malgré les défaites enregistrées -EDF, réforme des retraites, offensive contre les enseignants, etc- la mobilisation politique, à son rythme, se poursuit. Électoralement, elle s’appuie sur les résultats des élections régionales, européennes, la victoire du Non au référendum.

Le scepticisme critique manifesté par les salariés sur la volonté de la « gauche » de gouverner en leur faveur n’empêchera pas l’écrasante majorité des salariés et des jeunes de voter contre Sarkozy. Confronté à l’indigence, à l’impuissance de l’extrême gauche à proposer une alternative, le vote anti-Sarkozy, au second tour s’incarnera dans le bulletin Ségolène Royal. Ni plus, ni moins.

Péripéties, postures, impostures ne manqueront pas, mais il ne faut pas être un grand analyste pour prévoir le rejet du principal candidat de la bourgeoisie ; il prône une politique ouvertement favorable au capital, un état policier. Depuis cinq ans, il gouverne, il sera laminé. C’est dire qu’il faut relativiser la signification du résultat électoral. Ségolène Royal sera élue, son sacre ne provoquera aucun état de grâce, plus certainement un état de surveillance. Cette fois, les illusions électorales sont réduites à quia.

Plus que jamais, les militants si démoralisés soient-ils, et souvent ils le sont, doivent travailler à la question clef. Qui doit gouverner, comment et pourquoi ? S’ils croyaient à l’actualité du socialisme, c’est bien sûr à ces problèmes que les candidats d’extrême gauche répondraient. Ils parlent d’autre chose. Ils tentent de gauchir verbalement la politique de Ségolène Royal. Dans les grèves et les manifestations des dernières années, salariés et jeunes ont commencé à se prendre en charge, à s’auto-organiser. C’est en prenant place dans ce mouvement que les militants peuvent aider. Discutons-en.

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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