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L’AUTO ACTIVITE ET L’AUTO EMANCIPATION DANS LES LUTTES AUJOURD’HUI

C’est le point n°2 à l’ordre du jour de la réunion que nous avons eue à Paris les 9 et 10 décembre 2006. C’est sur ce sujet que je voudrais revenir, puisqu’il a été le fil conducteur de toute la réunion, tant par les interventions des participants que par les exposés, et la présence de divers « groupes » qui sont eux-mêmes la démonstration pratique d’une auto-activité de militants qui se battent pour une société sans propriété privée, sans exploitation de l’homme par l’homme, bref, pour une société communiste. Ayant déjà écrit plusieurs textes qui recoupent ce sujet, je ne vais pas reprendre tous les développements de ces textes qui sont fournis pour la discussion.

I) AUTO-ORGANISATION ET AUTO -EMANCIPATION

La nécessité de l’auto-organisation pour arriver à une auto-émancipation date du début du mouvement ouvrier. La première Internationale (Association Internationale des Travailleurs : A.I.T.) est une des formes que va prendre cette auto-organisation.
L’intervention d’Emile est là pour nous confirmer que pour certains camarades qui se revendiquent du marxisme, l’auto-organisation des masses dans la lutte, c’est le parti. Nous avons laissé de côté la question du parti et des syndicats, je pense qu’il faudra y revenir, c’est incontournable. L’auto-organisation des masses populaires, des salariés, des travailleurs, des chômeurs, des jeunes , etc., est donc envisagée en dehors des cadres classiques des partis et des syndicats. Pour faire court, nous ne parlons pas du parti bolchevik mais des soviets.
La camarade Nicole (de la revue La question sociale) a posé une bonne question : « A qui avez-vous envie de parler ? ». Je complèterai par : « A qui s’adresse nos travaux ? Quel usage envisage-t-on d’en faire ? Quand devrons nous considérer que nous avons fait le tour du sujet ? » J’ai précisé, pour ma part, que j’avais le sentiment que nous souhaitions discuter d’une « certaine forme d’auto-organisation » et que nous rejetions les autres formes qui existent et ne rentrent pas dans nos schémas idéologiques venus essentiellement du marxisme . Je m’en explique :

a) Après les grèves de 2003 contre Raffarin, qui ont vu sur le terrain de nombreuses formes d’auto-organisation des salariés et des chômeurs : assemblées interprofessionnelles, coordinations locales pour bloquer les routes et les ponts, etc., s’est déroulé au Larzac un rassemblement de plus de 300 000 personnes, manifestant concrètement la volonté de s’auto-organiser pour agir ... N’est ce pas la plus grande démonstration d’auto-organisation rencontrée depuis longtemps ? De ce rassemblement sont sorties une quantité d’initiatives telles que « Les faucheurs volontaires », « Agir Contre la Guerre » et des mouvements de « sans » (sans voix, sans droit, etc.) Mais ce rassemblement ne rentre dans aucun cadre, dans aucune catégorie ; il n’est que l’expression du besoin des milliers de personnes engagées dans les grèves de mai juin 2003 de chercher une suite à l’impasse du mouvement de grève.

b) A propos des Comités pour le Non au TCE du 29 mai 2005. Nous ne pouvons comprendre ce qui se passe avec la « candidature anti libérale à la gauche de la gauche » que si nous revenons sur ces « comités du Non » .
Beaucoup de camarades ont vu dans ces comités des formes d’auto-organisation. Il y en a certainement eu, mais est-ce la majorité ? De ce que nous avons pu constater dans maints endroits, ces comités ont été créés et contrôlés par le PCF et la LCR(f) , excluant de fait toutes démarches qui n’avaient pas leur agrément. D’où une absence de capacité à impulser sur le terrain de grandes manifestations, d’où le décalage entre le nombre de gens qui ont voté Non et ce que ces comités ont pu rassembler publiquement : à peine 15 000 personnes sur le plan national (manif à Paris de 2500 à 4000 personnes). Peut-on au sujet de ces comités parler d’auto-organisation ? Ou plus réellement de comités « faux nez » créés pour les besoins de certains partis ?
De la même manière, nous ne pouvons pas parler d’auto-organisation, quand on évoque les comités divers et variés créés par le PCI-OCI-PT. Il s’agit de cercles concentriques pilotés par en haut dans un but de ratisser large.

c) Pour ma part, je considère que la création de multiples associations ou la mise en réseau de sites Internet participent de l’auto-organisation. Je pense aussi que la démarche qui a abouti aux « faucheurs volontaires » dans le domaine de la lutte contre les OGM participe d’un mouvement d’auto-organisation. Idem pour le collectif contre le fichage des militants par relevé de l’ADN.

Le mouvement « anti CPE » (CNE + loi sur l’égalité des chances) a révélé de nombreux cas d’auto-organisation des lycéens et étudiants, refusant la mainmise et l’inaction des syndicats et des partis de gauche et d’extrême gauche. Il est étrange que l’on accepte de reconnaître ce type de regroupement en Russie , et que l’on peine à le voir en France.
« Les Indigènes de la République » représentent également une forme d’auto-organisation répondant à un moment politique précis, spécifique.

Pour avoir participé de l’intérieur (et non en spectateur) aux manifestations contre le CPE, en particulier à celle du Champ de Mars, je pense que les « vélocyraptor » qui se sont affrontés aux flics participent d’une forme d’auto-organisation qui, pour étonnante qu’elle soit, n’en est pas moins efficace. Ils n’ont pu « œuvrer » comme nous les avons vus qu’en étant organisés et disciplinés pour un objectif précis. Que cet objectif ne soit pas le vôtre est une autre discussion.
Pour finir sur ce point, les formes d’auto-organisation nouvelles vont jusqu’à la création de journaux comme Le PLAN B, et à l’apparition d’une presse associative comme sur Tours Le canard du coin, sur Amiens le journal Fakir, etc. Sans oublier les radios locales associatives militantes.
Toutes ces formes d’auto-organisation participent d’une recomposition politique qui tend à échapper aux schémas classiques de la sociale-démocratie, du stalinisme et du trotskisme, en bref de tout ce qui se réclame d’une filiation historique avec le marxisme.

d) La faiblesse du nombre de syndiqués en France (8%) est révélatrice du refus de ces formes d’organisations liées à l’ordre en place. Les mouvements de luttes des salariés se donnent régulièrement des cadres informels mieux adaptés à ces luttes. Comme ce ne sont pas les médias dominants qui en parlent, ces mouvements ne sont pas connus (lire pour en savoir plus le journal de la CNT, CQFD ou la presse associative locale ). Ce point reste à développer

e) Le cas d’ATTAC mériterait d’être étudié en détail. Non pour ce qu’ATTAC est devenu sous la direction de Nikonoff mais pour ce qu’a représenté la constitution des comités locaux non prévue dans les statuts d’ATTAC à l’origine, et non désirée au départ par certains des membres du collège des fondateurs. Pour avoir participé localement (fondateur d’ATTAC sur le 41) et nationalement à cette bataille, je pense qu’elle est un exemple d’auto-organisation exemplaire. Auto-organisation contre le capitalisme et contre toutes les structures politiques ayant des liens avec la société capitaliste (au début de sa création, après...) Ce qui nous conduit au deuxième point de ce texte .

II) AUTO ORGANISATION ET PERMANENCE

Certains camarades ont dit : « La permanence de l’auto-organisation, c’est le parti ! » C’est vrai que, dans toutes les formes d’auto-organisation que nous connaissons, on ne voit pas de « permanents » et souvent peu de permanence (durée dans l’espace et le temps). Quels sont les lieux de la permanence ? Est-il nécessaire qu’il y ait une permanence ? L’ idée de la permanence était-elle un but (comme l’a dit F. Chesnais) ?

a) Les lieux de la permanence sont divers

En règle générale, la permanence est incarnée par une organisation structurée : un parti, un syndicat. De là il n’y a qu’un petit pas pour penser avant-garde au sens marxiste du terme. Le mouvement trotskiste ne pense-t-il pas que : « En dernière instance, la crise de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire du prolétariat. » ?

Un autre lieu de la permanence réside dans la conscience collective, transmise d’une génération l’autre. Comme l’a dit Denis (pendant la réunion) ce niveau de conscience n’est pas mesurable, il n’y a pas de « métreur ». Il n’y a pas d’échelle de mesure de cette conscience ; pas d’indicateur chiffré. Ce qui se « cristallise » à un moment donné est avant tout de nature politique et pas de nature économique.
Un journal, une radio, peuvent être des lieux de la permanence .

b) Est il nécessaire qu’il y ait permanence ?

La permanence existe, même si nous ne la voyons pas sous une forme matérielle et organisationnelle. Ce que nos camarades voudraient, c’est que cette permanence prenne corps, que l’on puisse mettre un nom dessus. Je ne peux supposer qu’ils la souhaitent ainsi pour qu’elle soit sous contrôle.

L’expérience historique nous contraint à constater que le système capitaliste récupère et recycle à son profit toutes les formes d’organisations politiques et syndicales que se donnent les travailleurs pour le combattre.

Lénine avait abordé cette question en proposant de faire une organisation « hors de portée » de l’idéologie bourgeoise. Un parti « étanche » ou voulu tel, dont la radicalité le plaçait à l’abri de la corruption matérielle et idéologique du système dominant. La démarche était louable, le résultat laisse à désirer.

Si l’on ne veut pas que le système en place récupère et corrompe la lutte pour une autre société, pour le communisme, il ne faut pas que les formes d’organisation de cette lutte soient récupérables. L’objectif n’est pas d’aménager le système mais de l’abattre. Il faut considérer que tout ce qui ne contribue pas directement à abattre le système le renforce. La liste est longue, à nous d’y réfléchir !

L’auto-organisation sous la forme de conseils ouvriers, de soviets, etc., doit permettre d’éviter tout recyclage et tout enlisement dans la collaboration de classe. L’absence de permanence peut être un atout sur la longue durée. La diversité des formes d’organisation est un autre atout.

c) L’idée de la permanence est elle un but ? Pour moi : non ! Au plus cela peut être un moyen pour atteindre le but qui reste la révolution sociale. L’idée de la permanence de l’espèce humaine se fait dans une transmission d’une génération à l’autre.

L’idée de la permanence pour le capitalismese se fait dans la propriété privée et l’héritage.

L’idée de la permanence dans la lutte pour l’auto-organisation des pauvres, des exclus, des travailleurs, se fait dans la résistance au quotidien et dans la conscience de cette résistance.
Qu’il y ait des lieux où cette idées de la permanence trouve à s’organiser est une nécessité, tous les participants à cette réunion en sont la démonstration vivante.

J’insiste sur des lieux et non un lieu, parce que je suis persuadé qu’on ne peut faire rentrer toute la diversité de la planète dans une théorie achevée, qui prétendrait avoir réponse à tout. Pour moi cela porte le nom de « religion », même si elle est laïque .

III ) CONCLUSION (PROVISOIRE)

Je reprends la question de Nicole : « A qui avez-vous envie de parler ? » pour la reformuler : « A qui avons-nous envie de parler pour agir ? ». Nous ne faisons pas ce travail de réflexion pour le plaisir de converser ensemble. Nous le faisons pour œuvrer à la cause commune de la révolution sociale. Réfléchissons à ce qui fait obstacle à cette révolution sociale.

Le vieux monde ne tombera pas tout seul ; il faut le dynamiter, l’abattre. Ce qui sortira de cette lutte ne peut être planifié de façon scientifique, prévue, négociée.
Nous ne pouvons rester sur le bord de la route à commenter ce que l’on voit ; notre place est dans la démolition de ce vieux monde, comme acteur, nous devons cela aux générations à venir .

Michel Martin

le 12 /12 /2006

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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