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Qui sommes-nous ?

Chapeau ! Fallait oser

A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence inter-capitaliste font peser sur les peuples, la classe ouvrière, les salariés en général, les risques de véritables cataclysmes.
En Afrique, en Amérique latine, dans les pays de l’ex-URSS, de l’ex-Yougoslavie, s’écrit déjà dans le sang et la misère l’avenir que le système capitaliste réserve aux peuples des pays industrialisés.
Alors qu’il concentre à un niveau jamais atteint depuis la Seconde Guerre mondiale ses contradictions, le capitalisme, sous l’impulsion des principaux impérialismes, notamment les Etats-Unis, est engagé dans une offensive stratégique contre la classe ouvrière internationale : une armée de chômeurs couvre la planète ; la paupérisation jusqu’alors réservée au tiers-monde gagne des secteurs entiers des pays d’Europe et des Etats-Unis, frappant de plein fouet notamment la jeunesse condamnée aux petits boulots, à la précarité, à la marginalisation. Prise à la gorge par l’âpreté de la concurrence, chaque bourgeoisie s’engage dans une attaque sans précédent contre les salaires, remettant en cause toutes les conquêtes sociales en même temps que privatisation du secteur public, délocalisations d’industries entières se multiplient. Les lois du marché s’appliquent avec une brutalité inouïe. Les nouvelles techniques de production (informatique, télé-travail) condamnent des dizaines de millions de femmes, d’hommes, à ne jamais travailler.
Dans un ouvrage salué par la critique et l’intelligenstia institutionnelle comme un événement majeur, Le passé d’une illusion, François Furet analyse les rapports selon lui tissés entre communisme et fascisme depuis la Révolution d’Octobre, et conclut en ces termes :
« Déjà privé de Dieu, l’individu démocratique voit trembler sur ses bases, en cette fin de siècle, la divinité histoire : angoisse qu’il va lui falloir conjurer [...] L’idée d’une autre société est devenue presque impossible à penser, et d’ailleurs personne n’avance sur le sujet, dans le monde d’aujourd’hui, même l’esquisse d’un concept neuf. Nous voici condamnés à vivre dans le monde où nous vivons ».
L’ancien intellectuel (1) stalinien le regrette sincèrement, mais hélas, l’idée de « révolution » ayant enfanté les monstruosités que l’on sait, il faut admettre le monde comme il est, s’en satisfaire, comme un moindre mal. La pensée de François Furet -président de la Fondation Saint-Simon (2)- vertèbre actuellement toute l’idéologie dominante. Accepter le monde tel qu’il est, sous peine de voir, en cas de luttes anti-capitalistes victorieuses, de nouveaux goulags ensanglanter la planète, tel est le postulat. Pour Furet, le choix se réduit à la soumission aux lois du marché... ou à la barbarie révolutionnaire.
Qu’on ne s’y trompe pas, l’argument ne manque pas de force. La chute du mur de Berlin ne signifie pas, loin s’en faut, que le stalinisme ait disparu de la scène de l’histoire : il sert maintenant de repoussoir brandi devant les peuples du monde entier : « Souvenez-vous de Staline, de ses crimes ! » s’écrient les golden boys...
Les fondateurs de cette revue prennent radicalement le contre-pied de cette affirmation. Au tintamarre multimédia des hérauts de la pensée unique diffusant le vieil air de pipeau du libéralisme orchestré en symphonie triomphale, nous opposons la nécessaire analyse de la condition humaine, de son éco-système plus fragile et menacé que jamais par l’emprise barbare du Leviathan.
L’alternative reste : Socialisme ou Barbarie.
Rédigeant en 1938 le programme de Transition, texte fondateur de la IV e Internationale, Léon Trotsky écrit : « Les prémisses objectives ne sont pas seulement mûres mais ont commencé à pourrir ».
Plus d’un demi-siècle s’est écoulé : la putréfaction a atteint d’inimaginables sommets. Sur tous les continents, à des rythmes différents, ouvriers, paysans, intellectuels, jeunes ont combattu l’impérialisme et la bureaucratie au pouvoir. Ces mobilisations sont parvenues à poser le problème du pouvoir ; elles n’ont victorieusement abouti dans aucun pays, se heurtant à la garde rapprochée du capital que Trotsky qualifiait de « frères jumeaux de la contre-révolution », sociaux-démocrates et staliniens. La restauration du capital en URSS clôt à l’évidence toute une période historique. Privée de ses anciens repères, la pensée se délite, hésitant entre le réalisme de la soumission, la rumination philosophique ou religieuse, l’érudition marxiste, la fuite dans l’utopie critique ou le refuge dans le clapier du dogme.
L’histoire n’a pas de fin. Dans la vieille Europe, en Amérique comme sur tous les continents, la lutte contre « la réaction sur toute la ligne » se mène, se mènera. Inévitablement. Les nouvelles générations refuseront les conditions que le capital triomphant mais miné veut leur imposer.
Le pari que prétend engager notre revue, c’est d’apporter une contribution, si modeste soit-elle, à l’armement politique des résistances qui mûrissent sous les eaux dormantes. Le mouvement des peuples et des travailleurs ne se commande pas : il est l’ordre fondamental des sociétés.

15 novembre 1995

 
A propos de Carré Rouge
A quelques encablures du XXIe siècle, le système fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat bourgeois menace l’humanité entière de barbarie. La mondialisation-globalisation de la production et des échanges, la financiarisation des investissements, l’âpreté de la concurrence (...)
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